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Terminus pour… Christophe Dechavanne

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4 décembre 2023

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« On a voulu en faire un artisan de la réplique cinglante, il n’est que concierge de pissotière. »
© DR

Un boomer cathodique ne meurt jamais. Par définition. Vampire des mille générations qui le suivent, cet infatigable tardigrade télévisuel refuse catégoriquement de laisser sa place, il se cramponne à ses acquis de tous ses membres empoisonnés, perfusés par la vilénie du siècle finissant. Ivre encore des fumigations et des alcaloïdes qui avaient cours pendant l’âge d’or – les années 80 sur lesquelles le boomer a fait sa gloire, pondu ses œufs stériles, creusé les galeries de son innocuité politique –, le Géronte à face gommée, cheveux re- prisés, veut à tout prix renaître constamment, fût-ce marqué par le sceau du grotesque, fût-ce à travers une matrice d’ordures.

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Voyez, Christophe Dechavanne. Si vous avez moins de 30 ans, vous ne pouvez pas comprendre. Vous ne savez pas vraiment qui est Christophe Decha- vanne, ce triste sire que la production de France 2 a tiré de son bain de formol pour le placer toutes les semaines en face de Léa Salamé, bombardé «sniper en chef » de son talk-show Quelle Époque. On a voulu en faire un Laurent Baffie, un artisan de la réplique cinglante, il n’est que concierge de pissotière, veillant à encadrer les propos des invités dans une logique de cuisiniste, dans la pensée panurgique de ces néo-vieillards pour qui le combat politique se résume à quelques slogans mitterrandistes et à une obsession pour la « capote » – oui, cycliquement d’être à l’initiative de l’opération, « capote à un euro », action domaniale pour laquelle il a reçu le titre de Chevalier des Arts et Lettres, vilain relent de l’époque Sida dont ce pauvre hère ne semble jamais être sorti – sans se rendre compte que la génération Z sait à peine de quoi il s’agit, il paraît que maintenant ça s’guérit…

Peu importe, Dechavanne débarque à chaque début d’émission sur du AC-DC, certain d’être ultra rock’n’roll, d’être l’incarnation même du cool, alors que tout le monde (à commencer par Léa Salamé) semble gêné par ce triste sire… mais qui est ce type, en fait? Retour dans les années 80 (louées soient-elles). La tranche horaire du soir (le fameux access prime time) est l’objet d’un duel sans merci entre les deux plus grosses chaînes françaises (TF1 et Antenne 2). Vous comprenez, dans la France de Bernard Tapie et des pubs Menthos, on n’a pas encore de plateforme de streaming. Alors il faut appâter le Français avec du concept. Christophe Dechavanne, poulain d’Étienne Mougeotte, sera mis à la tête de Coucou c’est nous, une émission qui résumait à elle seule tout l’esprit TF1 : racoleur, sensationnaliste, cultivant l’éthique d’un couvercle de poubelle – c’est-à-dire destiné à cacher la progressive puanteur qui se dégageait des plateaux de télévision. Et il faut dire qu’il était bien choisi, Dechavanne.

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Avec sa gueule tout en longueur et ses yeux vitulins, il avait tout du yuppie cathodique, modelable à l’infini. Une sorte de trader de l’access prime time, sans cravate, veste trop large sur son corps efflanqué, travaillé aux macrobiotiques… Espèce particulièrement létale de camelot luxueux, il présentait son émission comme une sorte de télé-achat libidineux, secondé par une cohorte de potiches et de chroniqueurs navrants censés le faire reluire à peu de frais (n’importe qui passait pour un énarque à côté de Patrice Carmouze). Voilà pour le tableau. Dieu seul sait pourquoi Delphine Ernotte a repêché ce brocanteur dans les basses-fosses de la télé réalité, mais tout le monde s’en serait bien passé. Dechavanne lui-même, d’ailleurs, qui affiche systématiquement une gueule enfarinée, mauvaise, allant jusqu’à déserter l’émission en plein milieu, prétextant une « intrusion » chez lui… probablement la Police du Bon Goût ?

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