L’Europe n’en finit pas de mourir. C’est peut-être même ce qu’elle fait de mieux : agoniser. Se consumer lentement et emporter avec elle, dans une haleine de cendres, les vieilles nations souveraines qui l’ont fait rayonner à travers les siècles. L’Occident blanc, chrétien, patriarcal aurait fait son temps. Place aux jeunes théocraties rudimentaires, si capables lorsqu’il s’agit de s’adosser à la loi du pétrodollar. Entre l’Europe et la pointe méso-orientale du continent africain, un tramage de plus en plus dense, flux tendus de cargaisons humaines déracinées par l’ingénierie sociale et la sujétion économique – un vaste bordel orchestré de main de maître qu’on appelle vulgairement « crise migratoire » mais qui cache en vérité quelque chose de plus grand : le martyr final de l’Occident.
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Certains diront qu’on l’a bien cherché. Tous les gouvernements les plus solubles dans le capitalisme se sont servi de l’immigration pour asseoir leur hégémonie géopolitique, pour assouplir le droit du travail, créer les conditions idoines d’une économie libérale toujours plus décomplexée, avaliser avec cynisme la technocratie fomentée par des entités transnationales et qui voient dans le concept d’État une ostentatoire vieillerie propre à boucher l’horizon du profit.
Aujourd’hui, la crise migratoire européenne qui se concentre principalement dans le monde méditerranéen semble bien en passe de menacer nos fondements civilisationnels. Les faits divers deviennent des faits de société : lorsqu’on s’attaque systématiquement à tout ce que la France représente, on n’est plus un « désaxé » ni un « jeune de banlieue », on est tout simplement un soldat de Dieu – c’est-à-dire un dhijadiste. Aujourd’hui, comme à Crépol il y a quelques semaines, on organise des descentes dans les villages pour terroriser et tuer du gwer. Et dans le silence ahurissant des médias alignés, des gouvernements fautifs qui font ronronner la moraline au moindre soupçon de sécession. Pendant qu’on assassine la France, les énarques continuent de brandir le spectre du fascisme pour tuer dans l’œuf toute union nationale. Leur égalitarisme forcené, c’est le fil de fer cuisant avec lequel ils cousent les paupières du peuple.
Alors que le conflit israélo-palestinien fractionne l’opinion tout en faisant tomber les masques, le fossé n’a jamais semblé aussi grand entre deux France qui s’opposent. Une France islamisée dans les grandes largeurs, qui se gargarise à coups de géopolitique sommaire pour justifier sa haine de l’Occident, et une France des origines qui assiste, sidérée, à l’accumulation des « faits divers » anti-blancs. Des faits divers qui, lorsqu’on les met bout-à-bout, commencent à ressembler à une guerre civile. Au lendemain du 7 octobre, Gérard Larcher se fendra d’un « Tous coupable ! » bien opportun – une manière de balayer de la main tous ceux qui avaient prédit ce chaos. Car l’Europe et la France, sont passés maître dans l’art de mettre sous cloche les rares prophètes, lanceurs d’alerte, intellectuels qui ont su lire entre les lignes cette fin programmée de l’Occident.
La conjuration des couards
« Les principaux acteurs de cette défaite de la pensée, explique Charles Millon, ancien ministre de la Défense sous Chirac et observateur de la droite conservatrice depuis son entrée en politique dans les années 70, ce sont avant tout ces « grands » élus de droite, cette droite qui s’autoproclame droite de gouvernement. Ils ont toujours brillé par leur couardise, sauvant quelques années de plus de mandat et laissant par là même s’enfoncer la France. » Et Charles Millon en sait quelque chose : il s’est senti bien seul, lorsqu’à l’issue des élections régionales de 1998, il remporte la présidence du Conseil régional de Rhône-Alpes en acceptant les votes d’élus Front national, brisant ainsi le sacro-saint plafond de verre entre droite traditionnelle et extrême droite : « Mon péché mortel, ça a été de casser cette digue. Et les premiers à me le reprocher ont été les tenants de cette droite dite classique, qui n’arrive plus à assumer ses convictions. Pourtant, la droite classique, ce devrait être précisément cela : la droite de la patrie, de l’enracinement, mais aussi de la subsidiarité. Une droite qui est capable d’assumer toute cette approche globale héritée d’un penseur comme La Tour du Pin, dont je me réclame absolument en tant que défenseur d’un christianisme social. »
Au lendemain du 7 octobre, Gérard Larcher se fendra d’un « Tous coupable ! » bien opportun – une manière de balayer de la main tous ceux qui avaient prédit ce chaos. Car l’Europe et la France, sont passés maître dans l’art de mettre sous cloche les rares prophètes, lanceurs d’alerte, intellectuels qui ont su lire entre les lignes cette fin programmée de l’Occident.
Pour un Charles Million – alors l’un des hommes les plus en vue de la classe politique, chouchou de Raymond Barre et artisan majeur de la victoire de Jacques Chirac – qui sera implacablement diabolisé, combien de républicains falots qui composeront avec l’immigrationnisme ? Combien de promesses électorales désavouées par l’exercice tiède de fonctions régaliennes subordonnées à la Realpolitik ? « Finalement, conclut Millon, c’est le post-socialisme qui a gagné l’ensemble du politique. Lorsque l’intelligensia a vu, avec la chute du communisme, que les thèmes habituels du socialisme étaient en train de s’étioler, c’est là qu’elle a inventé ce nouveau thème dominant/dominé, histoire de se refaire une clientèle électorale… »
L’intellectuel de droite, ce doux fantasme
En Angleterre dès la deuxième moitié du XIXe siècle, l’écrivain catholique Chesterton faisait du Houellebecq 80 ans avant Houellebecq : dans L’Auberge Volante, fable dans la grande tradition swiftienne, il imaginait une Angleterre dystopique dans laquelle la duplicité du gouvernement favorisait l’entrisme de l’islam sur le territoire. La première des institutions menacées, ce seront bien sûr les débits de boissons, frappés par la prohibition mahométane. D’où cette invention, celle d’un débit de boissons nomade et clandestin qui donne son titre au livre. L’Occident qui résiste à la barbarie par la picole… Ça ne vous rappelle rien ?
Pour autant, la littérature qui ose se faire visionnaire doit se lever de bonne heure pour se hisser jusqu’à l’arène médiatique, exilée cycliquement dans les limbes de l’infréquentabilité par la repentance obligatoire. Eussent-ils connu le succès et les plateaux de télévision, tous les non- alignés vont peu à peu disparaître du champ médiatique au cours des années 90. On se souvient encore de Maurice Dantec, humilié publiquement sur le plateau du nain Ardisson, apostrophé en direct par Malek Chebel pour avoir osé désigner un ennemi concret (voir page 37).
On se souvient de Renaud Camus comparé à un nazi, placardisé à jamais dans les soupentes de l’auto-édition. Dans le même esprit, Richard Millet, alors membre du très respectable comité de lecture de Gallimard et faiseur de Goncourt (Les Bienveillantes en 2006 et L’Art français de la guerre en 2011), voit sa carrière coulée sous une dalle de béton après son essai sur Anders Breivik, pavé dans la mare dont tout le monde fit mine de ne pas saisir l’ironie. Pourtant, le fou furieux norvégien est une parfaite métaphore de cet Occident qui s’incendie en temps réel.
Pour autant, la littérature qui ose se faire visionnaire doit se lever de bonne heure pour se hisser jusqu’à l’arène médiatique, exilée cycliquement dans les limbes de l’infréquentabilité par la repentance obligatoire. Eussent-ils connu le succès et les plateaux de télévision, tous les non-alignés vont peu à peu disparaître du champ médiatique au cours des années 90.
La réaction épidermique face au brûlot de Millet montre bien à quel point la critique semble brusquement frappée de paralysie mentale dès qu’on actionne quelques leviers interdits. La solution ? On le passe dans le camp des fascistes, fût-il un monument de la littérature. Même chose pour Houellebecq : s’il est passé sous les fourches caudines de la censure, c’est avant tout par la grâce d’un tempo tragiquement parfait : lorsqu’il parle de l’islam comme la « religion la plus con » dans Plateforme, le 11 septembre frappe moins d’un an plus tard. Lorsqu’il publie Soumission – parabole swiftienne sur l’islamisation de la France –, les frères Kouachi s’offrent un carton dans les bureaux de Charlie Hebdo. Dur de tacler Houellebecq dans ces conditions, d’autant que le bougre a l’art de maquiller ses prophéties en plaisantes digressions de plumitif sous Xanax.
Même combat pour la génération suivante : Laurent Obertone, lanceur d’alerte dès 2013 avec La France Orange mécanique sera soigneusement écarté des médias – malgré le succès éditorial : « Ce succès m’a fait connaître du grand public en quelque sorte par mon autodafé audiovisuel. J’ai ensuite aggravé mon cas en critiquant ce système médiatique, donc j’ai disparu du paysage, se souvient Laurent Obertone. Le service public, par exemple, met un point d’honneur à ne plus m’inviter. Les constats de La France Orange mécanique paraissent aujourd’hui assez admis et partagés, en tout cas bien moins réfutés qu’à l’époque par la classe politique. Il faut dire que les choses n’ont cessé de s’aggraver, les violences aux personnes atteignant leur record absolu sous Macron- Darmanin. Les violences sexuelles recensées ont tout simplement triplé depuis Hollande. Le lien avec le laxisme judiciaire et l’immigration de quantité est manifeste. Je crois que les questions que je porte sont légitimes, plus vives que jamais, et ça passe avant les considérations sur la manière de se faire bien voir du milieu médiatique. » Aujourd’hui, en France, les infréquentables sont ceux qui rappellent les faits. Ainsi Laurent Obertone n’a rien d’un idéologue, il se verrait plutôt comme une sentinelle. A fortiori à un moment où l’on dit la pensée de droite de plus en plus « décomplexée », mais où elle se résume en réalité à un positionnement passif sur les réseaux sociaux : « Nous sommes tous menacés par le confort intellectuel, l’adoption d’une structure de pensée figée, les réflexes de provocation ou de contradiction compris. Je suis moi-même tributaire de mon public. Je m’efforce de suivre le propre fil de mes réflexions sans chercher à flatter, sans jamais transiger avec la vérité. Je pense que l’on peut tout dire, de manière claire et complète, sans excès. »
Compter les morts, rappeler les vérités
Les intellectuels qui maintiennent la tête hors du brouet des mensonges seraient donc désormais réduits à cela : compter les morts. C’est encore pire dans les milieux universitaires, où la police de l’esprit sévit plus fort que partout ailleurs. Pour des centaines de laudateurs aguerris du multiculturalisme, peu sont ceux qui osent franchir le Rubicon. Georges Bensoussan est de ceux-là. Lui aussi a subi les affres de la police politique pour son essai Les Territoires perdus de la République, publié sous pseudonyme en 2002 et a été poursuivi en 2015 suite à des propos tenus sur France culture. Des propos qui lui ont coûté cher (voir page 27).
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Car les vérités ne sont plus bonnes à dire dans une société fondée sur une mythologie collective : le médiéviste Sylvain Gougenheim s’attira les foudres de la bien-pensance pour avoir osé remettre en question le sacro-saint apport de « l’Islam des Lumières » à la culture occidentale. Pourtant oui, avant Averroès, il y avait Aristote : désormais il existe un délit de chronologie. Pour ce crime de lèse-majesté au narrativisme islamolâtre, Gougenheim subira la fièvre pétitionnaire de 200 « chercheurs » dans Le Monde, Télérama et Libération. La Sainte Trinité en personne. Plus grave, cette entorse à la loi Taubira commise par un autre historien, Olivier Grenouilleau, qui a eu l’outrecuidance de rappeler que la traite négrière n’était pas le seul fait des blancs. Menacé un temps d’être destitué de ses fonctions, cette séquence aura le mérite de délier quelques langues à propos de l’obligatoire repentance coloniale.
Côté culture, on se soigne aussi à coup de Padamalgam. Nos actrices qui se drapent dans leur féminisme de carnaval aux Césars se gardent bien de commenter les viols barbares dès lors qu’ils sont perpétrés par nos « chances pour la France ». L’omerta est soviétique : la culture n’est plus le lieu du débat et l’intégralité de la production cinématographique ou littéraire française semble scander à l’unisson les bienfaits du vivre-ensemble. Lorsqu’un Philippe Chevallier ose faire son coming out politique auprès du RN, il s’attire les horions de sa corporation. Plus près de nous, c’est notre estimé collaborateur et graphiste, Nicolas Pinet, qui s’est vu fermer les portes d’une carrière dans la bande-dessinée… pour avoir osé travailler à L’Incorrect.





