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[Idées]Se méfier de Kafka : se méfier de Geoffroy

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Publié le

28 février 2024

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« Ce qui sous-tend l’œuvre de Kafka, et en particulier du Procès, c’est d’abord la nature sacrificielle de toutes les institutions humaines – une nature que GdL, dans son aveuglement de sociologue agnostique, a bien du mal à percevoir. »
© Pascal Itp – Flammarion

Se méfier de Kafka. Hein ? Quoi ? Comment ? On peut se méfier d’un politique, d’un sociologue, d’un vendeur de primeurs… mais d’un romancier ? Cet essai du sociologue Geoffroy de Lagasnerie est entièrement fondé sur une totale méprise ontologique. Tout au long de cette brochure, l’auteur met en regard deux domaines qui s’excluent par nature: d’une part l’esthétique romanesque, et de l’autre la sociologie politique. Si GdL avait lu René Girard ou Philippe Muray, il saurait que le romanesque est par définition anti-sociologique, puisqu’il est entièrement fondé sur l’idée d’un complot téléologique qui serait au cœur de la société – et non sur une lutte des classes dont l’issue serait un sacro-saint vivre-ensemble.

Cet essai du sociologue Geoffroy de Lagasnerie est entièrement fondé sur une totale méprise ontologique.

Comme le dit Muray, la littérature c’est le diable de la réalité, c’est une œuvre au noir, un travail au négatif qui n’est pas censé éclairer le réel, mais le transformer.

Pour appuyer son argumentaire étique, GdL cite notamment une lettre de Jean Genet dans laquelle l’auteur explique qu’il ne se sentait pas touché par les écrits de Kafka, pour avoir lui-même été un « coupable réel en face d’un tribunal réel ». Croire en la mystique totalitaire dénoncée par l’œuvre kafkaïenne reviendrait in fine à justifier le fonctionnement étatique du quotidien, celui qui exercerait réellement son pouvoir sur le peuple et qui ne serait ni occulte ni « anomique » mais au contraire normal : « Dans la plupart des États, aucune mystique n’entoure l’idée du gouvernement. » Et alors ? Le romancier n’est pas un sociologue, c’est un prophète: il n’est pas là pour établir un constat.

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Ce qui sous-tend l’œuvre de Kafka, et en particulier du Procès, c’est d’abord la nature sacrificielle de toutes les institutions humaines – une nature que GdL, dans son aveuglement de sociologue agnostique, a bien du mal à percevoir. Au contraire, il affirme péremptoirement que Joseph K. « n’existe pas », car « ce qui existe, ce sont des classes socio-raciales qui sont plus ou moins exposées à l’appareil répressif d’État ou au ciblage policier ». Joseph K. aurait-il davantage aux yeux de l’auteur s’il avait été racisé ?


SE MÉFIER DE KAFKA, GEOFFROY DE LAGASNERIE, Flammarion, 112 p., 18 €

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