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Oubliez le vélo électrique. Oubliez Renault et Citröen. Oubliez les transports en commun. Loin des lumières des grandes villes, on bâtit la voiture de demain. Pour les gens de peu. Et les usines mobiles qui vont avec.
Produire en France ne signifie pas seulement se battre pour vendre l’échalote demi-longue de Cléder, comme Carrefour et son « marché interdit », ou inventer des clous rouillés adaptés aux monuments historiques, comme la clouterie Rivierre, « installée à Creil (Oise) depuis 1888, classée Entreprise du Patrimoine Vivant pour son savoir-faire ». Cela peut être inventer une autre manière de produire des voitures.
Un possible renouveau industriel
Des voitures pour circuler dans les métropoles et leurs banlieues, par exemple, puisque tel sera désormais le sort de la majeure partie de la population française. Donc des petites voitures, qui permettent d’aller de chez soi au bureau (et au centre commercial), ou d’arpenter le territoire administratif dont on a la charge ; des voitures légères, pour que les trajets ne coûtent pas cher. Gazelle Tech est une jeune pousse bordelaise, créée en 2014, qui veut inventer et produire ce nouveau véhicule – environnementalement correct et socialement utile, qui plus est. Au-delà du discours médiatiquement calibré, Gazelle Tech témoigne pourtant d’un vrai engagement et surtout d’un possible renouveau industriel qui n’est plus fondé sur l’arrogance de la production qui s’impose ni sur le gigantisme des installations.
Aux origines de l’entreprise, il y a le constat fait par son fondateur, Gaël Lavaud : « L’offre de transports en commun est très développée en centre-ville, et largement suffisante, mais beaucoup plus complexe quand on en sort : le territoire est beaucoup plus vaste, le maillage beaucoup moins serré », utile vérité qu’il faudrait sans doute rappeler à Anne Hidalgo, adepte de la mobilité sans moyens mobiles. À ce premier constat, qui aboutit à imaginer la Gazelle, s’ajoute une double volonté : être écologique et être sobre. L’entrepreneur et son équipe se dirigent tout de suite vers les matériaux composites à haute performance (« Nous visons une solution composite entièrement recyclée ou recyclable. ») et la voiture électrique : en repensant la structure du véhicule, le poids est considérablement réduit et la consommation abaissée d’autant.
Ce ne sont pas les travailleurs qui doivent courir à 180 km de chez eux trouver du travail, c’est le travail qui provisoirement, petitement, à justes doses
C’est alors qu’arrive la deuxième, et plus fondamentale, innovation : la Gazelle peut être assemblée dans des microusines mobiles, déplaçables en conteneurs. « On était focalisés sur l’efficacité énergétique mais on s’est rendu compte que l’assemblage pouvait se faire très facilement en milieu réduit. D’où l’idée des micro-usines. Je suis assez réservé sur les modèles traditionnels où les voitures sont fabriquées dans des méga-usines qui inondent le monde entier, car on perd de la main d’œuvre locale, on partage de moins en moins la valeur. » Plus besoin de groupes multinationaux aux tailles critiques chères à Bruno Le Maire, gourmands en capitaux, en machines et en foncier (la micro-usine ne réclame que 100 m2).

Des écosystèmes industriels locaux
L’usine qui se déplace en fonction de la demande et ne génère plus ces absurdes cercles vicieux où on ne sait plus si la finalité de l’entreprise est la vente de son produit ou la sauvegarde de son outil de production. Chaque territoire peut évaluer son marché sans se lancer dans des investissements définitifs. L’entreprise se rémunère avec un système de franchise : « Je crois beaucoup à la vertu du collaboratif. C’est une façon de le décliner à l’échelle industrielle. On vend des usines avec des pièces détachées et on forme les gens à l’assemblage. Les pays émergents nous ont sollicités et nous développons des solutions pour eux, pour implanter ces micro-usines off-grid [en dehors du réseau – NDLR], là où il n’y a pas forcément les infrastructures que réclameraient des usines classiques. L’ambition, à terme, c’est de pouvoir fabriquer les pièces détachées dans les pays émergents, en ressourçant les pièces là-bas. »
Gazelle Tech imagine en fait des écosystèmes industriels locaux. Elle en possède l’intelligence mais elle en partage la valeur via son système de franchise. Pas de montage financier compliqué, pas de travailleur délégué, pas de luttes au couteau entre élus locaux prêts à tout brader pour créer quelques emplois, pas de grands industriels faisant monter les enchères entre puissances publiques en échange d’ahurissants passe-droits… Ce ne sont pas les travailleurs qui doivent courir à 180 km de chez eux trouver du travail, c’est le travail qui provisoirement, petitement, à justes doses, vient à eux. On est en plein circuit court, avec des petits ateliers qui emploient une demi-douzaine de personnes et produisent jusqu’à 200 véhicules par an. Le premier prototype est en train d’être finalisé. L’aventure doit commencer en novembre 2017. La vieille industrie modèle Moloch mondial vit peut-être ses derniers instants.
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