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Is « doudoune sans manches » the new « veste en tweed » ?

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Publié le

2 avril 2024

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« La pratique du rus in urbe, qui consiste à associer des pièces faites pour les champs à un train de vie citadin, est une vieille astuce qui peut vite tourner à la frime si c’est mal fait. »
© Illustration de Romée de Saint Céran pour L'Incorrect

Depuis Martial (Epigrammes, XII), on connaît l’expression « rus in urbe » (qu’on peut traduire par « campagne en ville »). Le poète latin d’origine espagnole commençait par regretter l’agitation et le bruit de la ville, puis s’extasiait sur la villa de son patron Sparsus. Située au sommet de la colline, silencieuse et spacieuse, avec son grand parc et le calme de ses allées, c’était un luxe ultime : le meilleur des deux mondes, la campagne à la ville. L’expression a connu une certaine fortune depuis, cette fois dans l’univers sartorial.

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La pratique du rus in urbe, qui consiste à associer des pièces faites pour les champs à un train de vie citadin, est une vieille astuce qui peut vite tourner à la frime si c’est mal fait. Les Italiens portent des manteaux en casentino, une laine boulochée faite pour les bergers et pour les monastères franciscains (ou même, comme Agnelli, des bottes de montagne avec des pantalons de flanelle) ; les Français ont leurs vestes forestières de chez (feu) Arnys, inspirées des uniformes de garde- chasse ; les Américains utilisent les manteaux de polo (en poil de chameau), initialement prévus pour rester au chaud entre deux matchs, pour faire les malins à Wall Street ; et les Anglais, bien sûr, mettent des Barbour hors d’âge par-dessus des costumes rayés.

La pratique du rus in urbe, qui consiste à associer des pièces faites pour les champs à un train de vie citadin, est une vieille astuce qui peut vite tourner à la frime si c’est mal fait.

En parlant d’Anglais, la pièce la plus universellement « campagne en ville » était probablement, jusqu’à une époque récente, la veste en tweed. Venue de la chasse et de l’Écosse, elle donnait jadis un air à la fois cool et chic à n’importe qui, avant de finir presque exclusivement sur les épaules des retraités du 7e. Il y en avait de toutes sortes, notamment à chevrons (herringbone, littéralement « os de hareng ») ou en donegal (ce tissu moucheté à la fois old school et fantaisiste). C’était le « Friday wear » par défaut.

En parlant d’Anglais, la pièce la plus universellement « campagne en ville » était probablement, jusqu’à une époque récente, la veste en tweed.

Et puis, parce que, malgré tout, il y a quand même des modes, ce « faux cool », parfois un peu crispant, est devenu carrément insupportable dans les années 90, en changeant de symbole. La doudoune sans manches en polaire, de marque Patagonia le plus souvent, a fait son apparition chez les traders. On aurait pu croire que c’était une inoffensive lubie, comme les bretelles de couleur : pas du tout. Le mal était fait. Ce vêtement, venu des sports de riche, est devenu un nouveau symbole de coolitude chez les CSP+, avec le grand latte Starbucks entre autres. La doudoune brillante, sans manches toujours, lui a emboîté le pas. C’était la version abordable, le truc de jeune cadre, la fringue d’entrepreneur, avec des poches mais sans se prendre la tête : un manteau et « en même temps » pas tout à fait. Le rêve de la start-up nation et de ses copies bon marché. On connaît la suite : à la fois moche et inutile, la doudoune sans manches fait cependant partie de la penderie de tous les trentenaires ou presque.

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Évidemment, avec un peu de talent, ça peut être très bien. Les voileux, les chasseurs et les agriculteurs les portent avec panache, parce qu’ils s’en servent pour autre chose que pour ranger un iPhone et un pass Navigo – et que les couleurs sobres (bleu marine, kaki, marron) respectent le contrat implicite de rusticité. Mais imagine-t-on les grouillots de la Défense au volant d’un tracteur ou à la barre d’un catamaran ?

Bref, malheureusement oui, la doudoune sans manches est la nouvelle veste en tweed. Jusqu’au retour du contraire ?

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