Tout le monde connaît ce vêtement si particulier, qui est, dans le vestiaire de droite, un basique – un « must-have », disent nos consœurs de la presse féminine. La veste autrichienne est l’option chic (mais pas trop) pour tout droitard qui se respecte. Ça fait bien longtemps qu’elle a franchi les bornes des relais de chasse et le parvis de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, pour se poser jusque sur les épaules des Fabos. Elle possède un col officier, cinq ou six boutons (idéalement en bois de cerf), parfois un pli creux dans le dos, parfois une martingale. De temps à autre, quelques broderies ornent le col, plus rarement de curieux revers s’étalent sur le plastron.
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D’où vient ce goût vestimentaire pour l’Autriche dans notre famille politique ? Après tout, tous les patriotes ne sont pas nazis, vous savez. Peut-être cela est-il dû au succès de La Mélodie du Bonheur (1965), la fameuse comédie musicale qui a fait les joies de plusieurs générations de petits fachos. Un officier de marine veuf, une ancienne religieuse tendre et naïve, sept enfants et une histoire d’amour dans la tourmente de l’avant- guerre : il est difficile de trouver plus traditionnel que l’intrigue de ce joli film, par ailleurs inspiré d’une histoire vraie. Or donc, le capitaine von Trapp (Christopher Plummer) porte, dans ce film, la veste autrichienne comme personne, et il n’est donc pas impossible qu’il ait suscité, par la suite, quelques imitateurs parmi les aficionados de Fräulein Maria. De fait, on peut dater vers les années 70 le développement du port de la Trachten Jacke en France. Auparavant, on se cantonnait au bon vieux tweed pour faire le même boulot.
La veste autrichienne ne se porte pas n’importe comment : en particulier, elle convient très bien aux premiers communiants et aux vieux chnoques militants. Entre vingt et quarante ans, en revanche, à moins d’un certain aplomb, elle donne facilement un air un peu poseur. Il en existe des variantes féminines, chic et sexy à condition que votre femme soit mince et qu’elle n’ait pas l’air sévère. Cette veste, « on la choisira » (comme disent également nos consœurs) en laine (le plus classique), en daim (pour un air de chasseur de grand gibier) ou même en velours lisse, une option très chic mais périlleuse, qui peut vite faire too much, le genre antiquaire précieux. Un gilet assorti est également possible, mais il faut être aussi stylé que Bernard Lugan pour se le permettre. Pas de fanfreluches à ajouter, bien sûr : ni pochette, ni boutons de manchette, ni pantalons colorés. Une pièce si forte a besoin de sobriété.
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Ce qui est certain, c’est que vous n’êtes pas près de voir Olivier Véran, Éric Ciotti ou même Jordan Bardella en veste autrichienne. Cela signe immédiatement, dans l’esprit de votre interlocuteur, votre positionnement politique, c’est-à-dire quelque part entre Gengis Khan et Lucifer sur l’échiquier républicain. Mais l’essayer, c’est l’adopter. Et l’idéal est de la porter en étant particulièrement aimable et cool. C’est une façon comme une autre de mettre le doute.





