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Indochine : quatre leçons à tirer de la débâcle

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Publié le

30 avril 2024

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L’historien Pierre Servent commémore la bataille avec un nouvel opus consacré aux leçons de la défaite. Des leçons qu’on peut appliquer aujourd’hui, à l’aune d’une Ve République qui semble toujours aussi confite dans ses certitudes que la précédente – et au détriment d’une clairvoyance nécessaire sur le plan géopolitique.
© Camus – Péraud – ECPAD – Défense

Leçon n° 1 : Des erreurs de jugement en série

L’État-Major français a accumulé plusieurs erreurs stratégiques et tactiques, mais la plus grande a certainement été de surestimer sa force de frappe aérienne, tout en sous-estimant les capacités tactiques de l’ennemi. En mobilisant une artillerie conséquente, parfois à dos d’âne, le Viêt Minh a montré une opiniâtreté et une science tactique qui provoquent chez les Français une certaine sidération. Comme le rappelle le journaliste Lucien Bodard, le général Giap a pu « puiser indéfiniment dans l’insondable plèbe jaune pour en faire des soldats et des officiers redoutables, politiquement éclairés et militairement capables ». Une leçon d’humilité qu’on pourrait appliquer aujourd’hui face à certains enlisements en Afrique subsaharienne.

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Leçon n° 2 : Un empire « mou » qui prend mal son virage décolonial

Servent se montre particulièrement dur avec la IVe République, un « régime à l’impuissance congénitale » qui nourrit la frustration de ses colonies et de ses protectorats en montrant un manque de sincérité évident dans leur accompagnement vers l’émancipation. Une mollesse doublée de cupidité et qui a fait le lit de la révolution communiste la plus radicale en jouant la carte d’une sorte de Commonwealth à la française, mais sans la cimenterie idéologique nécessaire. Symbole de cette veulerie, la piastre indochinoise qui a joué un rôle cuisant dans cette procrastination, tout en enrichissant une poignée d’industriels français et de locaux sur le dos de l’État.

Leçon n° 3 : Un État-Major secoué par les querelles internes

Autre spécificité française, c’est la capacité qu’ont les chefs militaires à se quereller, y compris en pleine bataille. Ainsi, l’opposition très dure entre le commandant en chef Navarre et le commandant de théâtre nord-ouest Cogny rythme les derniers jours du conflit, l’un et l’autre s’accusant de porter la responsabilité du fiasco. En représailles, le général Navarre continua de refuser tout renfort au général Cogny qui était sur deux fronts à la fois : s’ensuivit un long échange de télégrammes sur le sens de l’honneur et sur la « poursuite du sacrifice » qui restera probablement dans les annales de la mauvaise foi galonnée.

Leçon n° 4 : Un universalisme incapable de se projeter

Pierre Servent fustige chez l’État français une forme candide de romantisme qui l’a poussé à projeter sur l’ennemi ses propres valeurs : un manque d’« ubiquité mentale » qui est pourtant la qualité première du militaire : savoir penser et vivre comme son ennemi… et qui peut éclairer le combat actuel contre le djihadisme. Il y a un aveuglement français qui consiste à toujours estimer que l’ennemi se comporte à la même fréquence démocratique, ce qui est évidemment faux et ce que les Français ont découvert avec horreur lors des attentats de 2015-2016 : non le salafisme n’est pas seulement le produit d’individus discriminés, mal insérés, rejetés par le système.

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Oui, le salafisme est bien une nation dans les nations, et cette nation est en guerre contre la France. De même, la présidence française a eu tout le mal du monde à comprendre la réalité du pouvoir poutinien : « La volonté louable mais hors de propos du président Macron à vouloir convaincre le président Poutine de ne pas être lui-même avait quelque chose de tragique » ironise Servent. Le tragique français, c’est ce complexe de supériorité hérité de l’universalisme des Lumières et qui consiste à projeter nos valeurs sur les autres États en imaginant qu’ils les partagent de facto.

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