Vous allez me dire que ce n’est pas un saint, mais attendez un peu de connaître sa vie. Henri Péan est né dans le Loir-et- Cher, chez ces gens qui ne font pas de manières, comme dit Michel Delpech. Rapidement, la vocation religieuse naît en lui, une vocation simple et irréfutable, qui l’amène tout naturellement, d’abord à la Congrégation des Prêtres du Sacré- Cœur en Belgique, puis au Grand Séminaire de Tours. Ordonné prêtre à 28 ans puis nommé vicaire à Langeais, Henri Péan semble promis à une vie tranquille de curé de province, et même de campagne. C’est mal le connaître, et mal connaître les événements.
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En 1930, l’abbé Péan reprend ses études, en maths et en lettres. C’est un homme complet, que ses contemporains et ses confrères prêtres décrivent comme aussi manuel ou intellectuel qu’artiste. Doué pour réparer une voiture autant que pour fabriquer des meubles, l’abbé a aussi une belle voix et une sensibilité musicale. Exigeant pour lui-même comme pour ses ouailles, énergique et plein de vigueur, il conquiert rapidement les cœurs de ses paroissiens. Parmi eux, André Goupille et surtout Marie-Thérèse de Poix, dont nous reparlerons.
L’invasion allemande cueille l’abbé à l’été 40. Il fait les EOR puis combat brièvement avant d’être fait prisonnier, fin juin. Il est rapidement libéré et reprend sa place au presbytère de Draché… qui se trouve être en zone occupée, mais juste à côté de la ligne de démarcation. L’abbé Péan est un excessif, qui n’a que deux passions dans la vie : le Bon Dieu et la France. Alors, forcément, il commence à faire passer du monde : résistants, aviateurs abattus, juifs qui veulent échapper aux arrestations, etc.
En 1943, changement de braquet, l’abbé Péan entre dans la clandestinité et devient agent de renseignement pour le BCRA, l’embryon des services secrets de la France Libre. Membre de deux réseaux de résistance, il organise des parachutages de matériel, fait fabriquer de faux passeports grâce à un réseau d’employés de mairie, couvrant avec son petit vélo les distances qui le séparent des points de récupération ou d’extraction. Ses parents, au presbytère, l’aident à servir son pays. Il ne dort plus beaucoup, il envoie bouler les Allemands et entonne même la Marseillaise en guise de chant de sortie lors d’un office dominical. Moitié admiratifs, moitié inquiets pour lui, les paroissiens l’appellent « Péan le Fou ». On pense aujourd’hui qu’il a fait passer la ligne de démarcation à des milliers de gens et réceptionné des centaines de « comités d’accueil ». Et tous les matins, à poste, après avoir exfiltré des sympathisants ou récupéré des colis de fusils tombés du ciel, il dit sa messe…
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Arrêté le 13 février 1944, à la sortie de la messe, par les hommes de la Gestapo de Tours, il est emmené dans les sinistres caves de la rue George-Sand, où il est atrocement torturé tous les jours mais ne parle pas. Ses amis des petites mairies de villages, eux, seront presque tous abattus par la suite. À Tours, le sadisme des nazis se déchaîne sur le bon prêtre, qui, après des semaines de sévices, meurt dans l’anonymat, probablement à cause d’un œil arraché. Son père, écrasé de chagrin, décède à son tour peu de temps après. Sa mère, quant à elle, sera aidée par Marie-Thérèse de Poix – laquelle rendra hommage à l’abbé Péan dans ses souvenirs de guerre.
Alors, saint ou pas saint, « Péan le fou » ? Le Bon Dieu seul a la réponse, mais ça n’interdit pas d’avoir sa petite idée.





