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Le seersucker, uniforme de la dolce vita

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Publié le

23 mai 2024

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Le seersucker, ce tissu gaufré, généralement ciel et blanc avait réussi à trouver sa terre mère dans le Vieux Sud, aux États-Unis. Un seersucker et un bourbon au soleil couchant c’est finalement plus chouette quand il fait chaud qu’un pantacourt et un verre d’eau.
©DR

Les beaux jours vont arriver ( enfin, cela ne devrait plus tarder maintenant ). Avec le réchauffement et tout ça il est probablement temps de sortir à présent des trucs qui ne donnent pas trop chaud : un costume en lin tabac par exemple, ou un solaro beige avec ses inimitables reflets rouges ; des espadrilles (dans lesquelles, contrairement à ce que chantaient les Nuls, on n’a jamais l’air d’un con), et puis une paire de lunettes de soleil pour mater en terrasse… et pourquoi pas, donc, du seersucker, sous toutes ses formes et dans toutes ses couleurs (enfin les couleurs, c’est vous qui voyez).

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Le seersucker, vous savez ce que c’est évidemment : c’est ce tissu gaufré, généralement bleu clair et blanc, qui vient d’Inde mais dont le nom est persan (shir o shekar, « lait et sucre », par analogie avec sa texture à la fois râpeuse et douce). Une rayure de fils aérés, une de fils serrés, pour un résultat ondulé, imparfait et assez chic (d’ailleurs ce n’est pas très chic d’être parfait, en dehors du fait que c’est illusoire). C’est beaucoup plus chouette, quand il fait chaud, qu’un pantacourt et des Crocs.

Porté à la cour de France notamment, le seersucker a trouvé sa terre d’élection dans le Vieux Sud, aux États-Unis. Le climat, chaud et humide, comme la tradition aristocratique des confédérés (il faut jeter un coup d’œil à Bardèche, par exemple, dans le génial Sparte et les Sudistes) ont fait du costume en seersucker classique (dans sa version bleue et blanche) un presque basique du vestiaire dans le Tennessee ou le Kentucky. Certains s’en moquent parfois en disant qu’avec un canotier, ça fait marchand de glaces des années 50. Ce n’est pas faux, mais franchement, depuis la mort de Maurice Chevalier, on ne voit plus beaucoup de canotiers, les gars.

Porté à la cour de France notamment, le seersucker a trouvé? sa terre d’élection dans le vieux sud, aux États-Unis  

En 1996, un sénateur du Tennessee vint au Congrès, un jeudi de juin, avec un costume en seersucker, autant par fierté identitaire que pour rappeler aux gens qu’un sénateur, ce n’était pas juste un gars chiant avec une cravate unie et un costard sombre. Depuis, le Seersucker Thursday est toujours respecté et constitue une agréable originalité. Mais en France, on peut ? Oui, oui, on peut. Même sous forme de chemise, et si on est timide, on peut le porter ton sur ton en bleu marine. Le costume en seersucker marine à d’ailleurs failli détrôner le solaro beige, il y a quelques années, comme symbole de la sprezzatura estivale. Et puis, si on est plutôt audacieux, on peut faire comme Roger Stone, l’âme damnée de Donald Trump. Cet homme aussi stylé que retors, qui ressemble, physiquement et moralement, à un méchant de James Bond, ose même sans aucun complexe le croisé en seersucker, avec un panama Montecristi et des mocassins qu’il porte pieds nus. À ce niveau de la compèt, c’est dur de surenchérir, mais ça fonctionne très bien sûr lui.

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Il y a, au Kentucky, une tradition qui consiste à donner le grade honoraire de colonel à des notables (civils) qui se distinguent par leur épicurisme, leur patriotisme et leur goût pour ce que l’on pourrait appeler la dolce vita sudiste. Les « Kentucky Colonels » sont décrits dans un célèbre toast que l’on prononce en leur honneur et dont voici le début : « Je vous présente un homme qui se consacre aux bonnes choses de la vie, aux choses généreuses et qui viennent du cœur, à la belle vie et à la douceur des rites qui l’accompagnent. Dans le fracas de ce monde assourdissant, il tient ferme à son idéal – une existence gracieuse en cette contrée de plaisance, où des pendules plus lentes sonnent des heures plus heureuses » M’est avis que ce genre de type boit un bourbon au soleil couchant, en regardant nonchalamment le parc de sa propriété coloniale, et que la tenue naturelle de cette douce vie ne saurait être que du seersucker

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