En 1975, Martin Vaughn-James publie La Cage Roman visuel. Une série de cases, une par page, avec un récitatif qui commente ce qui se passe, ou s’est passé, décrit le dessin ou parfois décrit l’inverse de ce qu’on voit, au point que le lecteur se demande s’il n’a pas la berlue, cases où n’apparaît personne, récit sans héros aucun, sinon un lieu, exploré lentement, bâtiment neuf ou délabré, selon le moment choisi par le narrateur tout puissant; et dans ce bâtiment, une chambre, avec des draps froissés qui semblent garder la trace d’un meurtre. Objet fascinant, clairement inspiré par les thèses du Nouveau Roman, La Cage, que viennent de rééditer Les Impressions Nouvelles, est un constant appel à l’intelligence du lecteur qui doit comprendre par quelles articulations on passe d’une case à l’autre, quelle est la logique de ces glissements, de ces transformations, quel est le dessin caché de ce labyrinthe.
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C’est peu de dire qu’on s’y perd : on s’y énerve. Le trait sec et précis de l’auteur est en total contraste avec les méandres incompréhensibles (au moins à première vue) de cette «narration» qui nous emmène au hasard d’un musée qui semble avoir été ravagé. On est d’autant plus énervé que l’alliance de cette description dessinée en apparence si objective et de cette succession en apparence si désordonnée est un charme puissant: nous sommes, en effet, littéralement fascinés. La longue postface de Thierry Groensteen vient heureusement nous arracher au maléfice en même temps qu’elle nous restitue le livre, sinon débarrassé de son inquiétant pouvoir, en tout cas partiellement désenchanté, juste assez pour qu’on puisse en reprendre la lecture, munis de quelques conseils pour vraiment regarder la séquence et en goûter la logique. Expérimental, certes, mais exemplaire.

LA CAGE, MARTIN VAUGHN-JAMES, Postface de Thierry Groensteen.
Les Impressions Nouvelles, 240 p., 25 €





