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La Culotte d’Anouilh : les dessous chics

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Publié le

13 juin 2024

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2024 serait-elle l’année Anouilh ? Nous serions en droit de le croire, puisque dans le sillon du succès du Pauvre Bitos joué à l’Hebertot – que nous avons abordé avec enthousiasme dans nos pages –, une autre pièce comique de l’auteur d’ « Antigone » (1942) et de « L’Alouette » (1952) nous est proposée au Théâtre Montparnasse, jusqu’au 6 juillet : « La Culotte ».
© SP/Caroline Moreau/Théâtre Montparnasse

Crée en 1978, trois ans après l’année internationale de la femme proclamée par l’ONU, il nous semble pourtant que La Culotte (puisqu’il s’agit de son titre) a été écrite hier. Jugez par vous-même de l’argument : après une révolution féministe, les hommes sont surveillés de près. Gare à celui qui ferait preuve de courtoisie, de galanterie ou pire de gauloiserie. C’est dans cet univers que nous suivons les tribulations de Léon, journaliste au Figaro et académicien qui a été convaincu d’un crime abominable : il aurait fait un enfant à la bonne. En attendant son procès, dont l’issue serait l’émasculation, le voilà enchaîné au poteau de torture par son épouse, Ada, virago et soutien zélée de la révolution, membre du comité central des femmes libérées du 16e arrondissement, qui le force à faire son auto-critique phallocratique quotidienne.

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Une situation que l’on pouvait légitimement juger abracadabrantesque en 1978, mais qu’il ne serait pas absurde de considérer comme réaliste dans l’ère post-MeToo dans laquelle nous nous débattons. On tremble souvent tant les situations et le vocabulaire déployés par qu’Anouilh semblent tout droit sortis du catéchisme féministe aboyé par Despentes et compagnie auquel nous sommes sommés de nous soumettre (sans divulgâcher, il est question de « porc»).

En redoutable « pièce farceuse » aux registres variés, La Culotte nous offre de nombreuses occasions de rire, souvent aux éclats, lorsque ce n’est pas d’un rire jaune, grâce, notamment, à son excellente distribution – mentions spéciales pour Thomas Landbo qui prête ses traits à l’effrayante juge et à Benjamin Guillard en avocat castré volontaire – et grâce, aussi, à la mise en scène d’Émeline Bayart (interprète de l’épouse vengeresse) qui est riche en trouvailles : décors surprenants, tourbillonnants et majestueux ; parenthèses de cabaret convoquant à la fois les désuets George Milton et Lyne Clevers et les héritiers post-68 des caf’ conc’ Brigitte Fontaine ou Henri Tachan dont les textes sont chantés tour à tour par chacun des comédiens et qu’une modeste fanfare accompagne ; pantomimes et danses hallucinatoires renforcent l’ambiance de théâtre de marionnettes et l’étrange malaise qui plane sur la pièce.

Plus qu’une « dénonciation » de l’étouffant délire féministe, c’est la mécanique révolutionnaire qu’Anouilh s’ingénie à démonter (déconstruire ?) comme il l’a fait dans Bitos ou dans le fantastique La Belle Vie. Ainsi il semble nous prévenir que quels que soient les époques et les prétextes, cette mécanique inhumaine est toujours la même et mène aux mêmes extrémités : l’extermination pour le bien des exterminés. Une réussite.

LA CULOTTE (1h55), de JEAN ANOUILH, mise en scène Émeline Bayart, avec Émeline Bayart, Marc Chouppart, Thomas Da Costa, Benjamin Guillard, Marc-Henri Lamande, Thomas Landbo, Corinne Martin et Herrade Von Meier, du mardi au samedi à 20h00 et le dimanche à 15h30 au Théâtre Montparnasse 31, Rue de la Gaîté, Paris 14

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