La patience est gage de réussite. Seul le chanteur qui sait attendre peut franchir avec honneur l’étape la plus risquée d’une carrière : l’entrée au disque, ce support physique et mémoriel, plus redoutable que la scène, plus durable que le streaming, dont la valeur demeure, pour le mélomane, bien au-delà du symbole. Rachel Willis-Sorensen ne pouvait pas choisir meilleur moment. Son art est purement et simplement au sommet – et l’on espère que cela dure longtemps, tant la soprano américaine, pas encore quarantenaire, a les moyens pour servir une infinité de rôles.
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Pour l’heure, elle nous comble avec une anthologie de ses héroïnes fétiches, incarnées à travers le monde depuis une décennie. D’emblée on est frappé par l’opulence de cette voix au charme suranné : puissante et homogène sur toute la tessiture, son timbre charnu aux reflets cuivrés sied à merveille tant à la féminité débordante d’une Violetta (La Traviata) qu’à la fougue rugissante d’une Donna Anna (Don Giovanni). Outre une technique impeccable – quelle aisance dans « Di tale amor » (Il Trovatore), quelle fulgurance dans « Sempre libera » (La Traviata) – ce sont surtout la maturité, le charisme qui soulèvent l’admiration. Rachel Willis-Sorensen nous transporte de l’élégie (La Bohème) à la prière (Otello), du raffinement belcantiste (Il Trovatore) à la sensualité décadente (Rusalka) avec la même intensité. Sans la moindre affectation. Entière et nette comme les grandes divas d’antan. Finira-t-on par croire à la réincarnation ?
RACHEL, AIRS DE VERDI, MOZART, PUCCINI, DVORÁK, LEHÁR – Rachel Willis- Sorensen, soprano – Orchestre du Théâtre « Carlo Felice » de Gênes – Frédéric Chaslin, chef d’orchestre – CD Sony Classical, 16,99 €





