1997
Les deux situations sont radicalement différentes, et par le contexte dans lequel elles interviennent, et par la personnalité des présidents de la République qui en ont décidé, et par l’état du pays. S’il fallait qualifier celle de 1997, je dirais que ce fut une dissolution de confort, suggérée par des technocrates à des politiques. Saisissant le prétexte d’une note alarmiste sur l’état des finances de la France (déjà…), émanant du saint des saints de l’oligarchie de la haute fonction publique, à savoir Bercy, quelques influents conseillers ont conçu ce projet qu’ils pensaient brillant. Le Premier ministre de l’époque Alain Juppé était l’un des leurs, lui aussi un haut fonctionnaire, venu sur le tard en politique et élu comme député pour la première fois à la proportionnelle, c’est-à-dire sans « se frotter » aux électeurs. Écouter les Français n’était pas un exercice familier pour lui: il avait eu, dès sa nomination une façon rigide de conduire le pays, mais aussi sa majorité, qui amenait crispations et tensions.
Avec ce caractère éminemment « radical-socialiste », Chirac s’est vite accommodé d’une cohabitation tranquille.
Alain Juppé n’a pas dissuadé, loin de là, Jacques Chirac de recourir à cette arme institutionnelle lourde qui était censée lui redonner de l’air et par là même au président, qui n’aurait plus à gérer des tensions élus/Matignon de plus en plus fréquentes. Un remaniement avec un changement de Premier ministre aurait probablement suffi puisque nous disposions alors d’une confortable majorité au parlement: la France se serait épargné cinq années de retour de la gauche au pouvoir et tout ce qui s’en est suivi dans le lent déraillement du pays. Jacques Chirac était un animal politique qui sentait les territoires, leurs spasmes et leurs évolutions, mais l’un de ses traits de caractère était de détester les conflits humains sauf ceux qu’il initiait lui-même par simple tactique. Avec ce caractère éminemment « radical-socialiste », il s’est vite accommodé d’une cohabitation tranquille. Le gouvernement gouverne, le président préside, et les Français peuvent dormir tranquilles !
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2024
La dissolution décrétée en juin est une dissolution de crise de nerfs, une dissolution d’enfant roi. Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur la psychologie d’Emmanuel Macron, son narcissisme exacerbé et ses prurits d’adolescent surdoué. Il a gagné les élections présidentielles par deux fois: un tour de force peut-être, un tour de magie sûrement, la médaille d’or du cynisme en tout cas. Et fort de sa personnalité que l’on cerne maintenant de mieux en mieux, il est clair qu’en cas de cohabitation, il n’aura pas une présidence de roi fainéant: tout ceci annonce le blocage du pays et le chaos à venir, sauf à trouver encore plus roué que lui. Rappelons que les « glissements » de notre Constitution ont permis au président d’accroître ses pouvoirs en matière de nominations par exemple, et que sa signature reste indispensable dans nombre d’actes de notre vie publique. En parallèle, certaines instances européennes, macroniennes dans l’esprit et dans les faits, ont pris la main sur nos propres institutions.
Le prochain Premier ministre devra conduire un État économiquement à sec et fracturé comme jamais
On rajoutera à cela une judiciarisation de l’organisation de la vie politique avec le Conseil d’État d’un côté et le Conseil constitutionnel de l’autre, il y a une forme de tétanisation du pouvoir. La loi immigration, votée mais dont un certain nombre de dispositions ont été annulées, montre à l’évidence qu’il faut rééquilibrer le rapport entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. Je ne pense pas qu’en période de cohabitation, on puisse mettre en œuvre ce genre de réforme majeure. Ce qui est à craindre, c’est la déception de l’électorat. Si le RN a la majorité absolue, il faut qu’il se prépare à une cohabitation qui sera dure. Il ne sera pas question d’une cohabitation de connivence mais bien d’adversaires. Entravé de l’intérieur, muselé par l’extérieur, le prochain Premier ministre devra conduire un État économiquement à sec et fracturé comme jamais, en jouant des parties de bras de fer permanentes, en ayant à gérer une opinion publique impatiente de résultats et chauffée à blanc.





