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Le bloc central s’offre un sursis

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Publié le

8 juillet 2024

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On l’annonçait fini au lendemain de l’annonce de la dissolution. Le résultat des législatives en ont décidé autrement. Le bloc centre s’offre un sursis et la France des mois de galère supplémentaires. Analyse
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Nous assistons à l’effritement du bloc central, et les législatives ont accentué cet effet. Avec la dissolution, Emmanuel Macron avait parié sur un éclatement de la gauche, incapable de se réconcilier après des élections européennes où les débats avaient été très vifs : un candidat Renaissance aurait alors été le mieux placé pour faire « barrage contre l’extrême droite » au second tour. L’alliance du Front populaire a mis à mal cette perspective, et les délais particulièrement courts, le nombre de candidats plus faible, la dramatisation même de l’élection, font que le taux de participation fut supérieur à celui des élections de 2022.

Le dépassement du seuil de 12,5 % des inscrits ajouté à l’effet « vote utile » comme à l’existence de trois blocs bien définis, a multiplié le nombre de triangulaires au soir du premier tour, posant la question des maintiens ou des désistements.

Il est sorti de cette élection une structure ternaire?: à droite un parti unique, le RN ains qu’une dizaine de LR « tendance Ciotti » ; au centre 120 à 140 députés de la coalition Renaissance, et ceux qu’il faudra bien considérer comme leurs alliés, une cinquantaine de députés LR « canal haut-le-cœur » ; à gauche les 185 à 205 députés de la coalition « Nouveau Front populaire ».

Ceux qui nous ont mis en position d’être sous tutelle en creusant le déficit depuis des décennies, en dépeçant notre industrie, en se montrant incapables de juguler l’immigration, vont prendre le pouvoir pour… éviter la mise sous tutelle.

Impossible donc, dans ces hypothèses, de voir l’un des blocs atteindre les 289 sièges de la majorité absolue : il faudra gouverner avec une majorité relative, ce qui implique, pour que le gouvernement reste au pouvoir, que ses opposants ne puissent s’allier et le faire chuter par le vote d’une motion de censure. Dans cette hypothèse, c’est le bloc central qui se retrouve gagnant : il serait en effet impossible de fédérer les députés RN et NFP contre le centre élargi dans le vote d’une motion de censure émanant de la droite ; et on peut imaginer que NFP, dans cette hypothèse, ne se hasarderait pas à lancer une motion de censure contre le centre, en sachant que les députés RN s’empresseraient de la voter, donnant ainsi le sentiment qu’il n’est au fond qu’un allié objectif et un idiot utile au service de l’extrême droite.

Au total, on pourrait donc imaginer la mise en place de ce qui se présenterait comme un gouvernement « de techniciens » – et dont on a déjà compris comment il allait fonctionner. Nous allons vivre en permanence sous la menace, déjà lancée par Bruno Le Maire, de voir la France mise sous la tutelle d’une « troïka » composée du Fonds monétaire international, de la Banque centrale européenne et de la Commission de l’Union européenne, au motif de l’état de nos finances. Pour l’éviter, RN et NFP étant présentés comme incapables de toute gestion, ce gouvernement mettra en place, en expliquant qu’il ne saurait y avoir d’autres choix – le fameux TINA, « there is no alternative » de Margaret Thatcher – les mesures d’austérité classiquement préconisées, celles qui ont mis à bas la Grèce dans les années 2010, ruinant un peu plus les classes moyennes, car il ne sera pas question de toucher au tonneau des Danaïdes de certaines dépenses.

Lire aussi : Olivier Dard : « Pour les gauches, l’antifascisme est d’abord un élément fédérateur »

C’est ainsi que, par un de ces retournements dont l’histoire a le secret, à l’issue d’élections qui les auront un peu plus déconsidérés, ceux qui nous ont mis en position d’être sous tutelle en creusant le déficit depuis des décennies, en dépeçant notre industrie, en se montrant incapables de juguler l’immigration, vont prendre le pouvoir pour… éviter la mise sous tutelle. Par ailleurs, ce gouvernement « de techniciens », c’est-à-dire de technocrates hors sol communiant dans la même idéologie, va accentuer, comme cela est déjà acté par ses institutions, les transferts de compétences, et donc de souveraineté, à l’Union européenne.

Projets risqués, dira-t-on, en se souvenant qu’il y a, à gauche comme à droite, un même rejet de cette fédéralisation et des mesures d’austérité ? Gageons qu’en jouant en permanence sur les postures morales, mais, plus encore sur la peur et la violence, pas seulement physique, comme durant la crise des Gilets jaunes, mais aussi psychologique, comme durant les crises économiques et sanitaires, ce nouveau pouvoir espérera bien survivre jusqu’en 2027, et avoir, à cette date, placé des blocages institutionnels rendant tout autre choix presque impossible.

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