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Étienne de Sainte Marie : Ingénieur social

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Publié le

29 octobre 2024

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Étienne de Sainte Marie a une ambition: mettre la puissance technologique au service d’une réflexion de fond. S’il ne cache pas son ambition, ni ses accointances avec une French Tech parfois surévaluée, le jeune quadra a le mérite de réfléchir, de se poser les bonnes questions… et probablement de douter.

C’est une question platonicienne : d’où viennent les idées ? En macronie, cette start-up nation qui s’est écroulée peu à peu dans son propre mirage, on a tendance à survendre les projets. Mais combien passent le pas de leur réalisation, faute de socle philosophique ? « Ceux qui font la tech ont le ventre creux », résume en substance Étienne de Sainte Marie. C’est là toute l’ambition de ce jeune quadra : mettre la puissance technologique au service d’une réflexion de fond. S’il ne cache pas son ambition, ni ses accointances avec une French Tech parfois surévaluée, Étienne de Sainte Marie a le mérite de réfléchir, de se poser les bonnes questions… et probablement de douter.

Sa grande idée, Republike – à prononcer à l’anglaise – a tout du projet casse-gueule en apparence : un réseau social, entièrement français, payant, qui se propose de recréer du lien là où les réseaux actuels se chargent plutôt d’isoler. Le « silotage algorithmique », Étienne de Sainte Marie en a constaté les effets pervers. Les créateurs de contenus, les influenceurs : autant d’idiots utiles qui servent un seul intérêt : celui des GAFAM qui tissent leurs nasses mentales délétères. Que faire face à l’érosion inéluctable de l’esprit ? La séquence burlesque du Covid, comme beaucoup de Français peu impressionnables, l’entrepreneur au regard clair, à la voix posée, l’a d’abord vue comme une opportunité – un moment idéal pour faire le point. « Un véritable laboratoire d’idées », confirme-t-il, même si la parenthèse sanitaire n’est pas forcément à l’origine de son projet.

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Car l’idée vient de plus loin, d’une impression tenace : celle de ne pas avoir embrassé son destin à sa juste mesure. Il faut dire que le jeune Parisien, dans les années 90, s’est engagé sur une voie toute tracée : après des études de philosophie, il se tourne précocement vers la finance. En vain : le ronron du banquier d’affaires ou du data analyst, ces jobs qui vous éloignent du réel en vous assurant un confort trompeur, ne lui suffit plus. Au contraire. Alors qu’il dirige une entreprise d’aide à la personne, un ami de longue date lui souffle une ambition singulière : repenser totalement les réseaux sociaux. Il faut dire qu’à l’époque, en pleine campagne pour les élections présidentielles américaines, le web montre son vrai visage : « La campagne américaine de 2020 est probablement la première à avoir été instrumentalisée totalement par les réseaux sociaux. C’était une sorte de crash test. Aujourd’hui, ces réseaux flinguent le monde entier, corrompent l’opinion. Et le pire, c’est que tout le monde a tellement le nez dedans, que plus personne ne semble vouloir s’en extraire », constate notre homme avec un certain flegme. Comme s’il fallait accepter bon an mal an cette conjuration des imbéciles. « Nous voulons proposer une vraie alternative aux plateformes des GAFAM. Pas seulement en matière de technologie, mais aussi et surtout en matière de philosophie. »

« Nous arrivons aujourd’hui en phase terminale de la logique du gratuit. Si on veut renverser le modèle, il faut que les utilisateurs redeviennent propriétaires.« 

Pour ce faire, Sainte Marie nous rappelle quelques vérités : « Tout le problème de l’économie numérique, c’est le gratuit, ce qu’on appelle l’économie de l’attention et qui consiste précisément à capter notre attention par tous les moyens pour revendre ce temps d’écran afin de financer les plateformes. Si on veut retrouver de l’engagement authentique de la part des utilisateurs, refonder une morale du numérique, retrouver notre liberté, c’est simple : il faut faire payer. Vous connaissez l’adage : si c’est gratuit, c’est que le produit, c’est vous. Nous arrivons aujourd’hui en phase terminale de la logique du gratuit. Si on veut renverser le modèle, il faut que les utilisateurs redeviennent propriétaires. » Le mot est lancé : dans cet univers du clouding, où l’information devient une sorte de grosse nébuleuse sortie des foyers et des esprits, propriété exclusive des GAFAM, l’utilisateur moyen est un dépossédé.

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Republike serait un moyen de se réapproprier le monde – l’information, d’abord, mais aussi les moyens d’y parvenir, c’est-à-dire, l’agora publique. « On nous a vendu Internet comme une vaste agora démocratique, se rappelle Étienne de Sainte Marie, et ce fut en effet le cas au début. Mais aujourd’hui, regardez ce que c’est devenu : sous couvert d’égalitarisme, on a créé un monstre. Les GAFAM ne veulent qu’une chose, générer du temps d’écran, puisque leur modèle est la gratuité et qu’ils se financent au moyen de ce temps qui nous est volé. Avec Republike, nous voulons sortir de ce cercle vicieux. Et là, je suis parti de modèles philosophiques, notamment d’Aristote, qui fait le lien entre l’épanouissement individuel de chacun et le bien commun de la société. Donc, chacun a quelque chose à apporter. Notre modèle, davantage que l’égalité, serait plutôt… l’équité. » Voilà qui sonne comme un parfait motto pour le grand combat à venir.

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