Que Robert Eggers ait été hissé en trois films et quelques années pape de « l’elevated horror », c’est-à-dire d’un cinéma de genre auto-proclamé « intello » et en phase avec les problématiques de son époque, a de quoi faire sourire. Film après film, le réalisateur américain se montre au contraire un cinéaste particulièrement bourrin, généralement dénué de toute idée de mise en scène (voire le catastrophique filmage vidéoludique de The Northman), se contentant d’agréger les références mal digérées au fil de films-collages particulièrement crétins, qui éludent toute étrangeté au profit d’une mise en image publicitaire.
Eggers se contente benoitement d’enchaîner les scènes de dialogue poussives, minées par une direction d’acteurs éclatante de nullité, à tel point qu’elle tourne à l’humour involontaire
Nosferatu à ce titre est sans doute son plus mauvais film, tant il souffre de la comparaison avec ses prédécesseurs, Murnau et Coppola en tête. Complètement paralysé par cet héritage, Eggers ne tente rien et ne réfléchit à aucun moment à ce que pourrait impliquer le fait de refondre Nosferatu en 2024. Parce qu’il pense son métier comme un illustrateur, Eggers s’imagine qu’aligner quelques jolis plans en hommage à la peinture romantique allemande (citations nombreuses de Caspar David Friedrich) suffiront à donner au film sa crédibilité. Las, faute de point de vue, les ambitions du production design s’évanouissent dans l’indigence du propos. Eggers se contente benoitement d’enchaîner les scènes de dialogue poussives, minées par une direction d’acteurs éclatante de nullité, à tel point qu’elle tourne à l’humour involontaire. On pense parfois à une parodie des Monty Python tant le film, encombré dans son sérieux, provoque l’hilarité à force d’être lourdingue. À ce titre, la scène où le jeune notaire pénètre dans l’antre de comte Orlok, si magnifiquement filmée par Murnau ou Coppola, vire ici à la catastrophe – la faute, notamment, à un Nicholas Hoult complètement débranché qui nous ferait regretter Keanu Reeves.
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L’échec le plus cuisant est le personnage d’Ellen joué par Lily-Rose Depp : probablement soucieux de faire entrer la relation vampirique dans les canons contemporains de « l’amour toxique », Eggers gomme toutes les nuances et tout le mystère de sa relation avec Nosferatu, résumant son personnage à une sorte de dépressive-HPI vaguement possédée (justifiant une scène d’exorcisme complètement hors-sujet) qui se trémousse et gesticule de manière grotesque pendant les trois quarts du film. Reste la prestation de Bill Skarsgård, décidément voué aux entités maléfiques, qui incarne un Orlok plutôt solide, et un final passable qui parvient enfin à susciter un peu d’émotion après deux heures littéralement épuisantes de médiocrité. C’est peu. Cette fois-ci, le vampire semble n’avoir décidément plus une goutte de sang dans les veines.
NOSFERATU (2 h 12), de Robert Eggers, avec Lily-Rose Depp, Bill Skarsgård, Nicholas Hoult. En salles le 25 décembre.





