Skip to content

« Dune : Prophecy » : échec sidéral

Par

Publié le

13 janvier 2025

Partage

« Si l’univers de Dune se caractérise avant tout, sur le papier, par son exotisme vertigineux, Diane Ademu-John se charge de ramener tout cela au ras des pâquerettes, transformant des personnages cultes en pantins lambdas de télévision. » Notre critique de la série « Dune : Prophecy » de Diane Ademu-John.
© Dune : Prophecy

Le remake de Denis Villeneuve avait déjà entamé ce qu’il faut bien appeler une « sérialisation » de l’œuvre de Frank Herbert, sérialisation entérinée par cette préquelle annoncée en grande pompe sur la chaîne HBO, sous forme d’une mini-série de six épisodes. Il faut dire que l’univers de Dune, d’une richesse presque jamais égalée en science-fiction, se prête bien en apparence à une forme feuilletonnée, avec ses dynasties princières et ses intrigues de cour. Dune : Prophecy s’intéresse plus particulièrement aux Bene Gesserit, cette société secrète composée exclusivement de femmes aux pouvoirs mentaux exceptionnels et qui trament une sorte de vaste complot cosmique sur plusieurs générations.

Las, l’ambition de la showrunneuse Diane Ademu-John s’arrête en marge de son cahier des charges. Si tout est respecté en apparence – jusqu’à la direction artistique qui reprend sagement les concepts élaborés par les deux films de Villeneuve, la série s’écroule dès son épisode-pilote dans son sérieux et son application besogneuse à montrer et à expliquer l’hors-champ d’un univers qui fonctionne précisément sur ses non-dits et ses zones d’ombre. C’est tout le problème de la série qui, au contraire du cinéma, cherche à tout expliquer et à tout souligner, quitte à se vautrer dans le grotesque. Vous n’aviez pas envie de voir la fille de l’Empereur galactique taper de la coke à l’arrière d’une voiture volante ?

Lire aussi : « La Chambre d’à côté » : Almodovar réévalué

Eh bien tant pis, la série s’en charge. Et tout est à l’avenant. Si l’univers de Dune se caractérise avant tout, sur le papier, par son exotisme vertigineux, ce sens du merveilleux propre à tous les grands space operas, Diane Ademu-John se charge de ramener tout cela au ras des pâquerettes, transformant des personnages cultes en pantins lambdas de télévision. On n’échappe évidemment pas au casting Benetton – un contresens lorsqu’on s’intéresse de près à l’univers d’Herbert – et à la moraline habituelle sur le pouvoir et ceux qui l’exercent (au hasard : les hommes). Ainsi toute la duplicité des Bene Gesserit est presque passée à la trappe, Ademu-John les voyant plutôt comme une sympathique sororité de magiciennes qui vivent dans un joli couvent décoré comme dans Harry Potter. La pauvre Emily Watson a l’air de se demander ce qu’elle est venue faire dans cette spatiale galère, engoncée dans une tenue de dictatrice mandchoue d’opérette, et l’ineffable Mark Strong, toujours capable d’une seule demi-expression (qu’on nommera : l’opacité digestive) fait sombrer toutes les scènes de cour impériale dans le Z absolu – un scandale lorsqu’on voit comme David Lynch avait magnifiquement dépeint cette cour en quelques plans et partis pris audacieux. Quant à la fin de la saison et à ses retournements de situation tout juste marvelliens, ils sont là pour nous rappeler que la « série télévisée » n’est vraiment jamais qu’une formule éprouvée, conçue en dépit de toute nuance artistique.


DUNE : PROPHECY (série en 6 épisodes), créée par Diane Ademu-John, avec Emily Watson Mark Strong, Olivia Williams

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest