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« La Chambre d’à côté » : Almodovar réévalué

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Publié le

8 janvier 2025

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Avec sa Chambre d’à côté qui tapine pour les prix internationaux, le cinéaste espagnol mâchonne des banalités sur la fin de vie. Sinistre. De quoi baisser sérieusement sa cote en dents de scie qui montre surtout des creux.
© La Chambre d'à côté

Après plusieurs échecs dans sa quête d’une Palme d’or – Tout sur ma mère, Volver, Douleur et gloire, récompensés d’accessits à Cannes – Pedro Almodovar a tiré la conclusion qui s’imposait : au revoir la Croisette, bonjour le Lido. Bien lui en a pris : un Lion d’or à Venise pour La Chambre d’à côté remis par Isabelle Huppert, grand soutien des auteurs déjà installés (cf. la Palme pour Le Ruban blanc de Michael Haneke en 2009 quand elle présidait le jury). Cette reconnaissance suprême n’empêche pas son dernier film d’être parfaitement vide et inutile. Son unique raison d’être semble cette quête d’un grand prix international : sujet qui en impose – l’euthanasie – ; atmosphère cosmopolite – New-York, une brève échappée au Moyen-Orient – ; deux actrices atypiques à fort tropisme hollywoodien pour l’une (Julianne Moore), européen pour l’autre (Tilda Swinton). Et une épaisse couche d’amidon qui fige les émotions dans le décoratif – péché mignon d’Almodovar, jugulé ici pour ne pas heurter le bon goût.

Un film impersonnel

Les actrices s’extasient d’elles-mêmes sur la maison d’architecte au milieu de la forêt ; la reportrice de guerre atteinte d’un cancer incurable a choisi d’y abréger ses jours, se ménageant l’aide subreptice d’une ancienne amie romancière, elle-même obsédée par la mort. Le lointain écho de Persona (Ingmar Bergman, 1966) se matérialisera à l’écran par un plan-hommage où les deux visages de l’actrice se découpent l’un de face sur l’autre de profil. Si Almodovar cite beaucoup, c’est que, parfaitement impersonnel, son film ne peut tenir tout seul d’où le namedropping permanent et l’omniprésence du dialogue rappelant Woody Allen.

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Il faut attendre 1h10 pour qu’une scène silencieuse s’essaie à convoquer un dissensus entre les deux amies, mais celles-ci, obnubilées par l’explication d’elles-mêmes depuis le début, n’y gagneront aucun mystère. Une exposition calamiteuse de vingt minutes, unique discussion à l’hôpital entrecoupées de flash-back pour réguler le flot d’informations (dont l’un avec la maison de Psychose en flammes) dévoile un problème de structure que le film ne résoudra qu’à l’aide d’un gimmick inconséquent (Swinton joue la mère et la fille adulte à l’apparition retardée). Délocalisation américaine oblige, Almodovar agite à la toute fin l’hypothèse d’un film de procès et figure un policier trumpiste auquel on ne croit pas une seconde, d’autant que sa menace est expédiée en une réplique d’avocate. Il est impossible de situer le point de vue du cinéaste sur ses personnages car il n’en a tout simplement pas. On est bien loin du sombre et vibrant Julieta (2016) qui, sur les maternités douloureuses et les blessures du passé reste inégalé dans une filmographie par ailleurs plus qu’en dents de scies.

lodrames retors ou films de prestige congelés

Le cinéma d’Almodovar est partagé entre films de femmes sur un mode cukorien, et films d’hommes sur un mode fassbinderien, pour aller vite et toutes proportions gardées dans les deux cas. Les pantalonnades de la movida s’agitant dans le lointain (le dernier film creusant cette veine, Les Amants passagers, était inoffensif), ne subsistent chez lui comme genres de prédilection que le mélodrame retors ou le grand film de prestige congelé. Dans ce registre, La Chambre d’à coté convainc moins encore ; la mort promise n’y est que le succédané d’un désir totalement absent du film, comme on le voit dans la scène figurant un coach sportif ou avec le calamiteux personnage de John Turturro, ex-amant des deux femmes. Réfugié dans l’autopublicité, on voit mal ce qui fera sortir Almodovar de sa cale sèche.


LA CHAMBRE D’À CÔTÉ (1 h 47), de Pedro Almodovar, avec Tilda Swinton, Julianne Moore, John Turturro, en salles le 8 janvier.

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