C’est le saint clivant par excellence. Certains lui en veulent d’avoir fait du christianisme une religion universelle, adressée aux Juifs et aux non-Juifs, aux hommes et aux femmes, aux maîtres et aux esclaves. D’autres lui reprochent d’avoir focalisé le message du Christ sur la lutte ascétique et la résistance aux tentations de la chair. Saint Paul, de là où il est, se fiche probablement pas mal de tout cela. Né à Tarse, sur la côte sud de l’actuelle Turquie, au tout début du Ier siècle de notre ère, il est baptisé Saul à la naissance. C’est un Juif, de la tribu de Benjamin, l’une des douze tribus originelles d’Israël. Vraisemblablement élevé à Jérusalem, où il apprend la Torah, Saul connaît la langue grecque et dispose du statut de citoyen romain. C’est d’ailleurs en cette double qualité de juif (pour qui le christianisme est une imposture) et de Romain (pour qui cette religion nouvelle menace l’ordre social antique) qu’il se fait persécuteur des chrétiens dès la fin de son adolescence, après avoir appris le métier de tisserand.
Selon la légende, alors qu’il se rend à Damas, à cheval, quelque part dans les années 30, il est projeté à terre et entend une voix qui s’adresse à lui. « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Et quand il s’enquiert de l’identité de son interlocuteur, celui-ci répond : « Je suis Jésus que tu persécutes. » Saul devient aveugle à l’issue de cette rencontre avec le Christ. Et puisque, comme nous le rappelle OSS 117, « l’aveugle ne voit pas, il ressent ; et paradoxalement, il voit », c’est au moment où sa vue le quitte que son esprit s’éclaire. En tant que juif, il ne se « convertit » pas : il reconnaît simplement que Jésus est bien le Messie qu’attendait Israël. Sitôt baptisé, d’ailleurs, il recouvre la vue, et adopte le nom latin de Paul (« l’insignifiant »), sous lequel il sera connu.
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C’est le début d’une série de voyages, souvent en compagnie de saint Barnabé, sur le pourtour méditerranéen et dans les terres de l’Asie mineure. Paul s’oppose ensuite à Pierre et Jacques sur une question rétrospectivement importante : vaut-il mieux, pour son salut, observer la Torah (c’est l’avis de Pierre et Jacques) ou croire au Messie (c’est l’avis de Paul) ? Cette dernière option l’emportera, et certains concluront qu’en lisant le Lévitique ou le Deutéronome, on peut se dire qu’on a eu chaud.
Arrêté à Jérusalem pour subversion, transféré à Rome pour y être jugé en tant quecivis vromanus, il est libéré en 60 et part évangéliser l’Espagne. Sa deuxième arrestation, toujours sous l’accusation de subversion, lui est en revanche fatale : il est décapité à Rome, sans prononcer un mot ni faire un geste de révolte, après avoir prié en direction de Jérusalem.
Il nous reste de lui treize lettres (les Épîtres), pleines de fougue et de charité, parfois bouleversantes de douceur, parfois d’une intransigeance cassante, mais dont ressort une certitude : l’apôtre des « Gentils », celui qui fit d’une secte juive la religion universelle que le plan de Dieu avait prévue. Comme il le dit lui-même, il a « combattu le bon combat ».





