Skip to content

Olivier de Keranflec’h : Nouvelle aurore

Par

Publié le

18 février 2025

Partage

© Benjamin de Diesbach

Il y a des jours comme ça – où subitement, ça vous tombe dessus. Une révélation, une orientation du destin qu’on n’attendait pas au tournant. Pour Olivier de Keranflec’h, c’était le 7 juin 2004. Ce jour-là, le soleil brille et le ciel est limpide à Abidjan. Seule petite ombre au tableau : les panaches de fumée noire qui s’élèvent dans les faubourgs, les coups de feu qui résonnent comme des claquements de tonnerre et les appels à la « chasse aux blancs » qui résonnent parmi les rangs des Patriotes, ces milices armées levées par Charles Blé Goudé pour bouter « l’occupation française » et asseoir l’indépendance économique du pays. « Je m’en souviens comme si c’était hier », se confie Olivier – et effectivement pendant un court instant, on le sent catapulté loin d’ici.

Le retour à la vie civile nest pas chose aisée, même lorsquon revient au pays avec la médaille de la reconnaissance de la nation…

C’était une autre vie : en 2002, Olivier avait choisi la voie des armes. Pour ce jeune Breton issu d’une vénérable famille de la noblesse finistérienne, s’engager pour son pays était presque une évidence. « Venir d’une famille aussi ancienne, aussi implantée dans sa terre, ça vous apprend surtout la verticalité, ça vous donne un sens inné de la hiérarchie et de la transmission. » Après avoir intégré un escadron de gendarmerie mobile et participé à plusieurs OPEX, Olivier fait partie de l’opération Licorne décidée par Michèle Alliot-Marie pour défendre les intérêts français dans un pays qui a sombré dans le chaos depuis peu. Et ce jour-là est un peu spécial : les forces patriotes ont décidé d’attaquer l’ambassade. Cinq heures d’assaut intense qui dureront à peu près trois minutes dans l’esprit d’Olivier. Lorsqu’enfin l’opération prend fin, le jeune militaire lève la tête : il est frappé de stupeur par ce ciel si bleu qui ne semble pas avoir pris ombrage une seconde de ce qui se passe ici-bas. Il sait alors qu’une partie de sa vie s’achève à ce moment, que sa carrière sous les drapeaux est arrivée à son terme. « J’ai décidé à l’instant de me consacrer au journalisme, comme une illumination, pour témoigner de tout ça, se confie Olivier. Étrangement, mon supérieur l’a très bien pris, et m’a même proposé de prendre un congé sans solde le temps de rebondir. C’était inespéré. »

Inespéré, il n’en reste pas moins que le retour à la vie civile n’est pas chose aisée, même lorsqu’on revient au pays avec la médaille de la reconnaissance de la nation… « Lorsqu’on partage des choses aussi intenses sur le terrain des OPEX, le retour au quotidien est presque une violence. J’avoue que j’ai eu quelques moments difficiles, des nuits un peu trop rock’n’roll, passées à écumer les bars pour calmer cette énergie folle que j’avais accumulée pendant ma vie sous les drapeaux. » Et puis, heureusement, Keranflec’h s’accroche et s’inscrit à la CFPJ avec cette idée fixe : devenir journaliste, comme une mire inamovible dans un océan de doutes persistants. La persévérance, qualité première du militaire, mais aussi l’adaptation au terrain finissent par porter leur fruit : Olivier fait ses premières armes sur KTO, avant d’être repéré par la chaîne russe francophone RT France, qui cherche de nouveaux visages pour s’assurer une crédibilité dans un paysage médiatique méfiant. « Il faut quand même rappeler qu’à l’époque, précise-t-il, les relations diplomatiques étaient plutôt bonnes entre les deux pays. » Du moins jusqu’à « l’opération spéciale » du Tsar Poutine, qui acheva de rendre la chaîne persona non grata sur le sol européen. À ce moment, Keranflec’h ne réfléchit pas et laisse parler son sang. Son premier réflexe, c’est de choisir le drapeau de son pays. Il quitte la chaîne sans plus de cérémonie, presque du jour au lendemain, par pur esprit patriotique. « Ça me semblait plus juste et plus naturel. Il était hors de question pour moi de travailler contre mon pays, même si je dois reconnaître que la façon dont l’Union européenne a tout fait pour faire disparaître la chaîne, au détriment des journalistes qui y travaillaient – et qui n’étaient pas des russophiles ombrageux comme on a voulu le faire croire, mais plutôt de jeunes journalistes tout juste sortis de l’école et souvent dans le besoin – n’est pas vraiment irréprochable. »

Lire aussi : Robin Nitot : Petits arrangements avec les morts

Un retour payant à la case départ, pourtant, puisqu’Olivier est presque immédiatement approché par la chaîne CNews. Là encore, il commence par quelques piges, mais très vite le style Keranflec’h fait mouche. Il faut dire qu’à l’écran, l’ex-militaire a un certain panache, une authenticité et une présence presque tellurique assez rare dans le métier. La chaine lui confie les rênes des  émissions « Punchline » et « 100% Politique » le week-end. « Quand je regarde mon parcours, quand je lis de l’admiration dans les yeux de mon fils et de ma fille, je me dis que je n’ai peut-être pas fait de si mauvais choix… même si chaque matin, lorsque je me lève, je sais que rien n’est acquis. », conclut-il en toute sobriété, conscient du chemin parcouru. « Je pourrais finir sur une conclusion un peu banale, comme quoi il faut toujours s’accrocher… parce que j’ai connu des moments de doute, j’ai quand même dérivé quelques nuits, avant de trouver ma voie… Ce qui m’a sauvé, finalement, ce sont mes proches. À commencer par ma femme qui m’a toujours soutenu. » Et ce ciel bleu d’Abidjan, d’un bleu presque transparent, où Olivier de Keranflec’h a eu la prescience de lire son destin. Ad augusta per angusta, comme disaient les anciens.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest