Dans un revirement historique, les États-Unis, de tradition anti-russe, malgré les tentatives de dégel des administrations Clinton et Obama, tournent le dos à leurs alliés de longue date pour se jeter dans les bras de la Fédération de Russie – et l’Ukraine est au centre des tractations.
Que manigance Donald Trump ? Fait-il un billard à trois bandes pour amadouer Vladimir Poutine ? Lui et son séide Elon Musk, qui déchaînent une rhétorique anti-Ukraine mais aussi anti-européenne d’une virulence rare depuis une semaine, sont-ils des agents de Moscou ?
Et en Ukraine… On s’en fout. À Kyiv, les mines sont fermées et légèrement inquiètes, mais pas plus que d’habitude. « Si les Russes voulaient vraiment arrêter cette guerre, ils arrêteraient de nous envoyer des Shaheeds [drones de fabrication iranienne, maintenant produits en Russie, ndlr] toutes les nuits », nous glisse un Ukrainien.
La guerre est leur quotidien
Évidemment, le gouvernement est plus que tendu face à l’abandon états-unien, mais on espère que l’Europe saura relever le défi. Il n’est pour l’heure pas prévu d’arrêter le combat. « Les Américains et les Russes peuvent faire les accords qu’ils veulent, on a le droit de s’en foutre », nous sort tout de go un autre. D’autres ne souhaitent pas évoquer le sujet.
« Ma santé mentale est déjà chancelante, je ne veux pas m’énerver. Et puis, ce n’est pas forcément facile pour moi de parler de politique ukrainienne en anglais », ajoute Petro, musicien émérite et volontaire dans une association d’impression 3-D de bombes, grenades et mines antipersonnel. Après trois ans d’invasion à grande échelle, et dix ans de guerre, les gens sont résolus. La guerre fait partie de leur quotidien. « Je n’imagine pas ma vie sans la guerre », nous avait un jour asséné un ado à qui nous demandions ce qu’il comptait faire, une fois la paix obtenue.
Lire aussi : Russie et Ukraine : que veut Donald Trump ?
Mais Kyiv est éloignée du front, malgré les bombardements quotidiens et les alertes qui rythment les jours et les nuits. Plus proche de « position zéro », à Kramatorsk, à douze kilomètres des combats et dix de la zone grise, pilonnée par l’artillerie, et où l’on entend le bruit des AK-47 et leur macabre rythmique mécanique, on s’en fout aussi (mais moins).
Kolya, jeune serveur d’un café tout rose, véritable bonbonnière surréaliste dans cette zone de chaos et de mort, où brille un néon « All You Need Is Love », hausse les épaules. « Les gens ici sont habitués à tout ce chaos. Cela fait dix ans, on a entendu et vécu des conneries de toutes sortes. Je ne pense pas que quoi que ce soit ait changé dans notre esprit. Quand j’ai entendu les propos de Donald Trump, j’ai juste rigolé », dévoile-t-il. Et il a confiance en l’avenir. « À mon avis, il y a de grandes chances pour que l’Europe nous aide, car la fin de la guerre aux conditions des mafieux ne profiterait à personne », ajoute-t-il. Avant de conclure, ironiquement : « Pour moi, ce n’est qu’une sorte de jeu et de film. C’est tellement stupide qu’il n’est pas nécessaire de le prendre très au sérieux. »
Flegme ukrainien
Maksym, quant à lui, est plus âgé. Il a une famille qu’il a mise à l’abri de façon toute relative à Dnipro, et ses mots sont forcément plus mesurés. « On ne s’attendait pas à un revirement aussi brutal. D’un côté, cela nous a déçus en Ukraine, mais de l’autre, ça nous a encore plus rassemblés face à la menace », explique-t-il « Nous devons renforcer notre alliance avec l’Union européenne. C’est inévitable, car nous ferons partie de l’Europe », ajoute-t-il. Quant à l’ambiance dans la ville ? « Une ambiance de combat. Mais nous sommes prêts pour une longue guerre de toute façon. »
Alors que l’Europe entière est en effervescence et a une occasion historique de reprendre son destin en main, il est peut-être intelligent de s’inspirer du flegme ukrainien, qui pousse à promener son chien, même pendant un bombardement !





