En 146, Rome prend le contrôle de la Méditerranée, du détroit de Gibraltar à celui du Bosphore. Or ses institutions sont encore celles de la banale cité-État du Latium qu’elle était encore moins de deux siècles auparavant. Celles-ci favorisent la vieille aristocratie foncière, les patriciens, qui exerce presque seule le pouvoir. Seulement les nouvelles conquêtes enrichissent encore cette classe, au détriment des petits cultivateurs qui se trouvent massivement déclassés dans le prolétariat urbain.
Dès la fin du IIe siècle, cet accroissement des inégalités nourrit la discorde politique, avec la formation de deux tendances opposées, celles des optimates et des populares. Les premiers défendent la préservation des institutions et les intérêts de l’aristocratie, tandis que les seconds réclament des évolutions sociales et politiques profondes au profit de la plèbe. Ces dissensions s’accompagnent d’une personnalisation du pouvoir, assise sur le prestige grandissant des généraux victorieux, pouvant compter à partir de 107 sur une armée de métier fidèle qui remplace celle des citoyens-soldats.
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Le premier siècle est ainsi secoué de conflits, dont une première guerre civile de 88 à 86. Cet état de crise quasi-permanente accompagné de violences terribles décrédibilise les institutions républicaines et fait aspirer au retour de l’ordre, même synonyme d’autoritarisme. Ceci, un brillant général lié aux populares le comprend mieux que quiconque, Caius Iulius Caesar. En nouant l’alliance secrète du triumvirat avec Pompée et Crassus en 60, il prépare son ascension vers le pouvoir, encore confortée par la conquête de la Gaule de 58 à 51. Ces succès rendent inévitable la confrontation avec Pompée, également couvert de gloire et partisan des optimates. La guerre civile qui démarre en 49 est gagnée par César début 45.
Couvert d’honneur, loué unanimement comme le sauveur quasi-divin de la cité, il concentre en quelques mois l’essentiel des pouvoirs, étant nommé successivement dictateur pour dix ans puis à vie. Mais le changement est trop brutal, trop voyant, ce qui permet à une poignée d’anciens partisans de Pompée de rassembler autour d’eux une soixantaine de sénateurs choqués par ce tournant monarchique. Le 15 mars, alors qu’il préside une séance du Sénat, ils le poignardent tour à tour. Mais il était trop tard pour la vieille Rome. César est presque immédiatement divinisé, et la guerre entre ses assassins républicains et ses fidèles éclate. Ceux-ci sont menés par le jeune Octave, son petit-neveu et héritier, qui retient la leçon et saura une fois la victoire acquise liquider la République avec plus de délicatesse. L’empire est né, il vivra cinq cents ans.





