Depuis le milieu du XVIIe siècle, la Russie dévore les espaces infinis à l’est de l’Oural. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, cette expansion la fait s’attaquer à l’empire chinois, homme malade de l’Asie progressivement dépecé par les Européens. En 1860, suite à la seconde guerre de l’opium, le tsar Alexandre II arrache ainsi à la dynastie Qing le Nord de la Mandchourie, sur la rive gauche du fleuve Amour, et y fonde Vladivostok.
Seulement, Saint-Pétersbourg est vite confrontée en Chine septentrionale à une autre nation asiatique, qui elle a su s’adapter à l’irruption des Occidentaux sur la scène régionale au mitan du siècle. Il s’agit du Japon qui, avec l’ouverture de l’ère Meiji en 1868, s’est débarrassé de son féodalisme désuet en mettant en place une monarchie parlementaire centralisée et en modernisant sa société, son économie et son armée à tous crins, toujours sur un modèle européen. Comme ses modèles, le Japon rêve de colonisation, dans son cas dans le nord de la sphère d’influence chinoise, en Mandchourie et en Corée. Lors de la guerre sino-japonaise de 1894-1895, il écrase son immense voisin, annexe l’île de Formose, remplace la tutelle des Qing sur la Corée par la sienne et occupe la stratégique péninsule du Liaodong, dans le sud de la Mandchourie, à la pointe de laquelle se trouve la base navale de Port-Arthur. Les Européens ne voient pas cette expansion d’un bon œil et forcent les Japonais à évacuer la péninsule, événement vécu comme une humiliation par les Japonais.
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Pire, les Russes se font céder le Liaodong par la Chine en 1898 et, suite à une énième guerre des puissances européennes contre l’empire Qing en 1900, occupent toute la Mandchourie du sud. Dès lors, la confrontation avec le Japon n’est plus qu’une question de temps. Elle éclate finalement en février 1904, et se concentre vite autour du siège de Port-Arthur par les Japonais. La ville n’est conquise qu’au début de janvier 1905, au prix de combats particulièrement rudes. Les Japonais fondent alors sur Moukden, verrou de la Mandchourie. Le 20 février, sur un front de 150 km, 270 000 Japonais se lancent à l’assaut de 340 000 Russes, dans ce qui est alors probablement la plus grande bataille de l’histoire. L’affrontement, dans une immense plaine glacée et battue par l’artillerie et les mitrailleuses dernier cri, annonce les boucheries de la Grande Guerre. Finalement, les Japonais réalisent une immense manœuvre d’encerclement qui force les Russes à la retraite le 10 mars sous peine d’anéantissement. Cette défaite est confirmée en mai par l’humiliation de Tsushima, où la flotte de la Baltique envoyée au secours des possessions russes d’Extrême-Orient est envoyée par le fond. La guerre est finie, le Japon annexe Port-Arthur et le sud de l’île de Sakhaline, installe un protectorat en Corée, mais surtout, prévient le siècle qui s’ouvre : l’Europe n’est plus invincible.





