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Vis ma vie de maton

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Publié le

10 avril 2025

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Plongée dans le quotidien d’un surveillant pénitentiaire entre violence, solitude et menaces de mort.
© Benjamin de Diesbach

« Écoutez, je vais vous dire quelque chose. Dès qu’on ouvre une cellule, on risque notre vie », confie Henri, surveillant pénitentiaire dans une maison d’arrêt de l’ouest de la France. Derrière les murs épais de la prison, la vie se joue à coups de clés et de portes qui claquent. L’odeur du tabac froid, du shit omniprésent et de l’humidité stagnante imprègne les couloirs. « C’est la Colombie. » L’administration pénitentiaire est une cathédrale en ruine que plus personne ne regarde. « Si nos concitoyens voyaient ce qui se passe en prison, ils tomberaient des nues. »

Ils sont là, cent détenus pour un seul homme en uniforme. Un contre cent. « C’est aberrant. » Le mot fuse, brutal. Il claque comme une gifle à l’impuissance. « On fait 20 kilomètres par matinée, on marche, on monte, on descend, on sue. Mais pas d’arme. Un sifflet, c’est tout. »

Dès l’aube, la mécanique infernale se met en marche. « On commence par l’appel, cellule par cellule. On doit faire bouger chaque détenu pour vérifier qu’il est toujours en vie. » « Dès qu’on ouvre une cellule, on ne sait pas ce qu’il y a derrière la porte. » Certains se prennent « de l’huile bouillante dans la gueule ». D’autres reçoivent « un coup de stylo dans la joue s’ils ont de la chance, sinon c’est dans la gorge. » Le sang, la peur, la rage. « C’est tous les jours. Un paquet de pâtes non payé peut déclencher une guerre. » Car la prison est une cité en miniature. « Les règlements de compte, c’est comme les quartiers nord de Marseille. Sauf qu’il n’y a pas d’armes. Alors ils se battent à mains nues. »

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Le racisme inversé, l’islamisation rampante, l’hostilité quotidienne : « Ils ne le disent pas ouvertement, mais ils n’aiment pas la France. Vous voyez souvent des drapeaux français aux fenêtres des cellules ? Non. C’est du vert et blanc, du rouge, du noir. » Les droits de l’homme sont une arme à double tranchant. « On doit se battre une heure pour retirer des menottes, puis se rebattre pour poser dignement un plateau-repas sur une table, parce que les droits européens l’exigent. »

Mais qui protège les surveillants ? « J’ai été agressé lors de mon ancienne affectation. J’ai des séquelles à vie. L’administration s’en fout. Je suis en accident de travail, je galère, je suis seul. » Pendant ce temps, les détenus pratiquent l’équitation et de la thérapie animale. « Moi, je n’ai pas les moyens d’offrir un tour de poney à mon fils. Eux, ils montent à cheval. » Avant d’ajouter : « Si les victimes voyaient ça… » Les prisons françaises ne sont plus des lieux de punition. Elles ne sont même plus des lieux de rédemption. « C’est le Club Med. La prison, c’est comme un foyer Sonacotra. »

Le surveillant conclut, amer. « Si on retirait le shit des prisons, elles prendraient feu. » Un ultime paradoxe. Une vérité que personne ne veut entendre. Derrière chaque porte, un danger. Derrière chaque clé, une responsabilité. Mais les clés, un jour, finissent par rouiller. Et les matons, par s’éteindre. Ce n’est pas seulement la fatigue physique qui ronge les surveillants pénitentiaires, mais l’usure morale. « On voit des collègues partir en burn-out, d’autres sombrer dans la dépression. Certains finissent par quitter le métier, d’autres, plus rares, par commettre l’irréparable. »

Ils sont les oubliés de la République, enfermés dans une routine où la violence et l’injustice sont des compagnes quotidiennes. « Il n’y a pas de reconnaissance, pas de soutien. Nos doléances ne sont que des échos perdus dans les couloirs du ministère. » Et pourtant, ils restent. Par devoir. Par habitude. Par fatalité. « On s’accroche parce qu’il faut bien. Parce que si nous partons, qui prendra notre place ? »

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