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« Métropolia et Périphéria » : l’impasse Guilluy

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11 avril 2025

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Dans « Métropolia et Périphéria », Guilluy recourt à la forme littéraire pour mettre en scène la rupture entre les gens ordinaires et les élites. L’intention est noble, mais le pari est raté, la faute à un propos caricatural et manichéen.
© Philippe Matsas – Flammarion

« On écrit toujours le même livre », disait Proust. Guilluy est sans doute l’essayiste le plus fidèle à cette maxime, reprenant sans cesse, pour l’approfondir, la même intuition : celle d’un schisme socio-culturel qui séparerait la France périphérique, dépossédée sur tous les plans mais animée par une immémoriale « décence commune », des élites métropolitaines acquises à la modernité néolibérale. Dans Métropolia et Périphéria, c’est la forme qu’il fait varier. Chiffres et graphiques ne réussissant pas à capter le drame existentiel dudit schisme, Guilluy voulait, dans son livre le plus personnel, adopter une démarche qui laisse percer « la lumière ordinaire » à travers « la brume opaque des représentations officielles ». L’intention est noble, mais le pari est raté. S’essayant à la fable orwelienne puis au théâtre satirique, sans talent littéraire particulier pour soutenir les deux, Guilluy met en scène un propos tellement caricatural qu’il en perd sa force démonstrative. Au lieu de rendre ses thèses sensibles, son manichéisme un peu grossier, opposant le peuple toujours-pur aux élites coupables-de-tout, opère une mise à distance très artificielle, sans les ambivalences qui font l’intérêt du procédé littéraire. Il imagine un nouveau procès de Valladolid qui jugerait de la présence ou non d’une âme chez les gens ordinaires – tout en disant avant n’avoir croisé dans « le monde » que des « êtres sans âme ».

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Seule la partie autobiographique, dans laquelle il décrit avec sensibilité la violence de la gentrification du point de vue des gentrifiés, puis son parcours de géographe contestataire dans « le salon », fait mouche – mettons à son crédit un amour des siens et un désir d’indépendance tels qu’il a occupé un emploi manuel de nuit en parallèle de sa vie intellectuelle. Il y a du Rousseau chez ce Guilluy qui décline en somme le thème du « bon sauvage » contre toute forme de civilisation (« Chez nous, pas même l’Évangile »), et dont la « simplicité » revendiquée semble un peu courte pour sonder les mystères de la vie. Ce tableau des gens ordinaires contraste, sans jamais leur répondre, avec les travaux d’un Fourquet ou d’un Darlymple, qui témoignent plutôt d’une désagrégation sociale, culturelle et morale à tous les étages. Si Guilluy a mille fois raison de s’attaquer au monde moderne par son versant moral, la « décence ordinaire » qu’il revendique, sur fond de discours antireligieux, n’est jamais fondée métaphysiquement – est-ce une morale naturelle, le fruit d’une tradition, voire l’héritage du surmoi chrétien ?


MÉTROPOLIA ET PÉRIPHÉRIA, CHRISTOPHE GUILLUY, Flammarion, 224 p., 21 €

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