Quand on s’appelle Ophélie Roque, par quelle bizarrerie atterrit-on dans une salle de classe ?
Par un détour quelque peu étrange… À dire vrai, l’enseignement n’était pas du tout une vocation, j’avais – tout au plus – le vague pressentiment que ce métier pourrait être « drôle ». Je n’étais pas fan du collège en tant qu’élève mais j’ai néanmoins conservé le souvenir de certains faits qui se rapprochent beaucoup de ce que l’on pourrait qualifier d’« arlequinade ». On se marrait à peu de frais… Pour résumer, c’est le désenchantement et l’ennui ressentis dans les métiers bureaucratiques du milieu culturel qui m’ont fait bifurquer vers ce qui était, non pas une voie de repli, mais du moins une échappatoire. Et je ne regrette rien ! Les élèves ayant un sens de l’humour souvent beaucoup plus développé que celui des adultes !
Votre premier livre était un roman d’une noirceur magnifique, pourquoi un manuel de survie entre chronique et pamphlet sur l’école pour le deuxième ?
Je vous rassure, le second roman ne s’éloignera pas trop de cette veine-là, nous resterons en Amérique mais cette fois-ci l’oppression viendra bien plus de la moiteur que de la sécheresse. En fait, mes romans sont aux stricts antipodes de ce que l’on trouve dans les pages d’Antisèches. Celui-ci, par de nombreux aspects, témoigne du côté le plus joyeux et optimiste, ce qui ne veut pas dire naïf, de ma personnalité. Mieux vaut sourire face à un système que l’on ne peut changer, c’est aussi une forme de politesse envers soi et les autres.
« L’école a trop tendance à laisser dépérir le professeur dans sa propre solitude »
Ophélie Roque
C’est en voyant que les gens étaient étrangement fascinés par le menu quotidien d’une salle de classe que je me suis dit que, peut-être, écrire une petite chose autour de cela permettrait de mieux faire comprendre les dynamiques propres à l’école sans tomber dans les discours mièvres ou dans l’élaboration de théories aussi complexes qu’hors-sol. C’est parce qu’il est apolitique que l’ouvrage devient réellement politique.
Quel est le portrait type du pire élève ?
Le sournois, le « celui qui sourit par-devant mais qui bave par-derrière ». Au fond, c’est encore lui le pire. Du moins c’est lui qui déçoit le plus, il y a un petit Judas dans chaque salle de classe – ou presque ! (rire)
Et celui du pire parent ?
Celui qui, peu importe les évidences, place la parole de son enfant au centre de sa croyance. C’est bien d’écouter sa progéniture – très bien même ! – mais il ne faut pas l’encenser au détriment du bon sens. Si tout le personnel éducatif rencontre un problème avec votre enfant, il est peut-être temps de se questionner…
Quel est le problème principal de l’école aujourd’hui ? La paresse. Mais pour certains établissements, la réponse ne serait pas la même et je répondrais alors la violence. L’école a trop tendance à laisser dépérir le professeur dans sa propre solitude face à un climat scolaire parfois anxiogène. Surtout qu’on lui demande – entre autres – d’appliquer les programmes, faire de la discipline, être mi-psychologue mi-CRS, revêtir les vêtements de l’éducateur spécialisé et du pédagogue à l’ancienne. Bien trop de casquettes pour celui qui n’a qu’une seule tête ! Nous sommes à peine formés pour enseigner alors que dire du reste ?
Le budget de l’Éducation nationale ne cesse d’augmenter et le niveau de baisser, comment l’expliquer ?
Où va l’argent ? Clairement pas dans nos poches ! Vous pouvez fouiller dans mon portefeuille, vous n’en trouverez nulle trace ! Je suppose que le gouvernement éprouve une jouissance particulière à passer des partenariats coûteux avec des marques de la tech pour acheter des tablettes IPAD ou des écrans numériques Samsung. L’école est devenue l’antichambre de Darty. Quant aux livres et autres manuels, ils disparaissent, et avec eux une certaine forme de noblesse.
L’école inclusive : pour ou contre ?
Pour jusqu’à une certaine limite, celle qui ne dépasserait pas les frontières du bon sens ! Quand trop de singularités sont réunies au sein d’une même classe, enseigner devient le parcours du combattant. Il faut gérer les élèves dyslexiques, les dyspraxiques, les autistes, les hyperactifs « de base » et les hyperactifs diagnostiqués, les timides pathologiques et les élèves dont le seul problème est la mauvaise volonté ! Le problème n’est pas la différence en soi mais l’idée même de mettre tous les gamins ensemble en pensant que la ratatouille sera formidable.
Les profs sont-ils faignants ?
Nous ne sommes pas en dehors du commun des mortels et c’est sûr que, par rapport à beaucoup de professions, on est en droit d’envier nos horaires ! Ceci une fois dit, si ces avantages vous conviennent, venez nous rejoindre dans la danse ou, pour les plus timides, venez en salle des professeurs observer les enseignants faire leurs premières armes : ils sont exténués et s’endorment dès 17 heures ! Avec un peu d’expérience, on s’en sort mieux, mais la gestion des classes reste un exercice étonnamment physique.
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Faut-il supprimer les inspecteurs académiques ?
En l’état actuel, ils se rapprochent quand même beaucoup des Huns ! On ne les voit jamais arriver, ils surgissent sporadiquement et laissent derrière eux un champ de ruines.
Pourquoi le smartphone est-il un danger pour l’élève ?
Cette problématique ne touche pas que les enfants mais c’est sur eux que l’addiction est la plus visible. Il est difficile de prétendre que sa banalisation n’a rien changé à notre quotidien tant le portable est devenu l’indépassable et l’indispensable doudou numérique. Il nous donne l’illusion d’être omniscient et omnipotent quand on ne devient, in fine, qu’un pousse-boutons. Sans compter que beaucoup de parents mésestiment deux faits : il est la première porte d’entrée du cyberharcèlement et il amène avec lui toute une forme de culture « instagrammable » qui est problématique dans la teneur des messages véhiculés. Ressembler à Kim Kardashian et consœurs peut-il vraiment être un objectif de vie ?
Comment régler le problème du harcèlement à l’école ?
Le problème s’est en grande partie déplacé sur les réseaux mais il est vrai que, dans l’ensemble, les établissements peinent à endiguer le phénomène même si les professeurs et les membres de la vie scolaire sont plus vigilants qu’auparavant ! Mais soyons honnêtes, l’école ne se tient pas en dehors de la société, elle n’en est que son reflet. Si la société est violente, l’école le sera également.
Il y a cinq ans, la France était confinée. Quel bilan tirez-vous ?
Le confinement s’est longtemps fait sentir sur le comportement et les résultats des élèves (une partie d’entre eux ne savait plus s’asseoir sur une chaise, l’autre refusait de venir au collège autrement qu’en pyjama) mais j’ai l’impression que, pour eux aussi, la chose remonte à loin. Je crois, ici encore, que c’est toute la société qui peine à se relever. Il y a comme une petite mélodie de l’ « à quoi bon » ?
Prof c’est… Pas si mal.






