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Notre plan pour sauver l’école

Après avoir diagnostiqué les problèmes qui la menacent, L'Incorrect vous propose son plan de réformes (non-exhaustif) pour sauver l'école.

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Fin du collège unique : fondé en juillet 1975 par la loi René Haby, ministre de Valéry Giscard d’Estaing, le collège unique est le pur produit du républicanisme qui, refusant de prendre en compte la diversité et l’inégalité des talents dans la Création, traite tous les élèves de manière uniforme à leur détriment, pour se conformer à un objectif idéologique fantasmatique : l’égalité. Lui préférant la complémentarité et l’excellence, en un mot l’harmonie, il nous faut mettre fin au collège unique pour former des groupes de niveau homogène (avec bien évidemment des passerelles) qui permettront aux élèves de parfaire au maximum leurs compétences en assumant de former une véritable élite, et proposer des filières pré-professionnelles aux jeunes qui s’y destinent, ce qui permettrait enfin de faire la promotion du génie si français de la main, loué en son temps par Péguy.

Uniformes et bâtiments : loin d’être sans lien avec le fond, la forme est la condition même de sa réalisation. Il est impossible pour des élèves de sentir l’importance symbolique de l’enseignement quand leurs voisins de table sont débraillés, le tout dans un établissement qui ressemble ou à un bungalow géant, ou à un hôpital décrépi, ou à un projet architectural trop audacieux. Réinstaurons donc l’uniforme à l’école, car l’ordre du vêtement produit déjà la discipline de l’esprit ; les règles de déférence envers le professeur, qui manifestent la hiérarchie et les rôles de chacun dans la classe ; des écoles qui soient belles et de style classique, puisque la pompe d’un bâtiment rappelle aux nains que nous sommes qu’il y eut des géants de savoir et de goût avant nous, desquels il nous faut autant que possible nous approcher.

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Restaurer un parcours de diplômes exigeant : le certificat d’études supprimé en 1989, le brevet des collèges plus facile à obtenir que le brevet de natation, le baccalauréat offert à plus de 90 % des jeunes pour les féliciter d’avoir atteint la majorité biologique : il n’est plus un seul diplôme qui fasse son travail, c’est-à-dire sanctionner un état de connaissances et de compétences jugé suffisant pour atteindre le niveau supérieur. Là encore, c’est l’idéologie égalitariste qui l’a emporté, avec le fameux objectif de 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat lancé par Jean-Pierre Chevènement en 1985. Pour restaurer une école exigeante, il faudra donc rétablir un parcours de diplômes exigeant, fondé sur la logique de l’examen et non du concours : il faut un niveau requis pour poursuivre, point.

Ministère de l’Instruction publique : ne nous leurrons pas, l’Éducation nationale fut de tout temps le bras armé de la gauche pour façonner les esprits à sa guise. « Le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités », avait déclaré l’ancien ministre Vincent Peillon, parfaite incarnation de l’idéologie républicaine. Et d’ajouter : « Il faut être capable d’arracher [l’élève] à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel ». Un objectif : l’émancipation individuelle, autre nom du déracinement, de la désocialisation et de la déculturation. Rétablie dans ses fonctions, l’école devra se concentrer sur l’instruction, c’est-à-dire la transmission des savoirs fondamentaux en humanités, en mathématiques et en sciences pour faire des honnêtes hommes. Quant à l’éducation elle retournera naturellement à la famille, aux Églises et aux associations, qui ensemble transmettront à l’enfant une juste manière d’être au monde. 

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Redéploiement du grec et de latin : la France, ce pays qui sut jadis imposer sa langue au monde entier, a décidé d’en saper lentement mais sûrement les fondements, en restreignant l’enseignement du grec et du latin, au prétexte que ce serait élitiste. Autrement dit, par zèle socialisant, nous sacrifions le goût de la langue, le génie étymologique et le lignage civilisationnel. Autant d’éléments à rétablir et à chérir précieusement, pour sortir de notre amnésie culturelle et permettre à nos enfants de parler encore français. 

Hausse du salaire des professeurs : d’après Statistica (OCDE, 2019), le salaire brut annuel moyen perçu en France par un professeur de collège s’élevait à 29 400 € par an en début de carrière, puis à 35 500 € après 15 ans d’expérience. Un salaire relativement faible alors qu’un bac+5 est requis pour être professeur certifié, et qu’en moyenne un tel niveau d’étude appelait un salaire annuel brut de 39 000 euros à l’embauche en 2017, d’après une étude de l’APEC. C’est surtout en comparaison des autres pays de l’OCDE que les salaires français sont très faibles. Ainsi, un professeur belge en début de carrière gagne annuellement 34 100 € (48 200 € après 15 ans), un professeur espagnol 42 100 € (puis 48 600 €) et un professeur allemand 62 300 € (puis 75 400 €). Ajoutons que depuis les années 90, la hausse apparente du salaire des professeurs n’a pas compensé les effets de l’inflation sur leur pouvoir d’achat. Ainsi, une fois l’impact de l’inflation pris en compte, les enseignants français ont perdu entre 15 et 25 % de rémunération au cours des vingt dernières années selon un rapport du Sénat. Respecter l’intelligence et le savoir nécessitera donc une revalorisation très nette des rémunérations, de quoi résorber la crise des vocations et attirer des individus de qualité vers le professorat. 

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Autonomie des établissements : la crise des vocations professorale est en grande partie due à la sclérose de l’Éducation nationale. Affectations aléatoires qui empêchent de pouvoir choisir son établissement, absence de liberté en matière pédagogique pour s’adapter aux circonstances concrètes, mise sous la tutelle d’un personnel administratif et d’inspecteurs bornés : la réforme de l’éducation réclame une révolution organisationnelle, qui enfin accepte de décentraliser au maximum les prérogatives des uns et des autres, conformément au très beau principe de subsidiarité. Les directeurs d’établissement pourront lancer des projets spécifiques et sélectionner les professeurs adéquats (plutôt que d’être soumis à la logique des avancements). C’en serait terminé de l’uniformité écrasante et ridicule, pour épouser la diversité du territoire et des talents ; c’en serait fini du confort de certains professeurs tire-au-flanc, dorénavant appelés à démontrer leurs qualités et à s’impliquer dans des projets pédagogiques précis. 

Bannir les écrans : pour certains professeurs, les écrans sont de très loin la cause principale de la chute du niveau. Obnubilés par les réseaux sociaux, consommant jusqu’à l’indigestion images et vidéos en tout genre, les jeunes sont abêtis par des contenus infantilisants qui retardent leur entrée dans l’âge adulte. Incapables de se concentrer, en quête du dernier divertissement à la mode, ils deviennent passifs, pour ne pas dire amorphes. La Silicon Valley l’a tellement compris que ses dirigeants bannissent purement et simplement l’utilisation des écrans dans les écoles de leurs bambins. Une refonte de l’éducation française ne pourra donc faire l’économie d’une campagne nationale de lutte contre l’utilisation des écrans, et d’une interdiction générale du téléphone portable en salle de classe et dans les cours de récré, jusqu’au plus tard possible.

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Ne pas jeter l’encre : qui est un jour tombé par hasard sur une lettre manuscrite d’un aïeul n’a pu qu’être sidéré par la beauté graphique des écritures d’antan. C’est bien simple : passés au stylo bic puis au clavier, les jeunes gens ne savent plus esthétiquement écrire (en plus de ne plus maîtriser sur le fond ni l’orthographe, ni la grammaire, ni la syntaxe). Les lettres sont torturées, l’écriture cursive disparaît, alors que les professeurs, qui jadis lisaient des dissertations, passent désormais leur temps à les déchiffrer. Il faut donc rééduquer les enfants au graphisme en bannissant l’utilisation des tablettes en classe (plutôt que d’en financer des distributions générales par le contribuable), et en remettant au programme la calligraphie pendant toute la primaire au moins, avec porte-plume et bouteille d’encre.

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