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Le Mystère au bout du microscope

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Publié le

14 mai 2025

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Dans Un Cardiologue rencontre Jésus, l’italien Franco Serafini compile les incroyables données scientifiques tirées de l’analyse des miracles eucharistiques. Et en tire de merveilleux enseignements spirituels.
© DR

Les deux enquêtes de Jean-Christian Petitfils consacrées au Suaire de Turin et à la Tunique d’Argenteuil le faisaient déjà sentir : il est peu de choses aussi troublantes que la rencontre entre la science positiviste, cette discipline sèche, froide et bouffie d’orgueil à qui l’on doit certes beaucoup mais que l’on aime tant détester, et la foi catholique, chose la plus sublime, la plus bouleversante, la plus insondable qui sera jamais. Alors quand le cardiologue italien Franco Serafini, à travers l’analyse scientifique de miracles eucharistiques – en clair, des hosties et du vin consacrés qui se sont matériellement transformés en chair et en sang humains, souvent en réponse à un manque de foi ou à une profanation – propose, en ces Pâques, d’allonger Notre Seigneur Jésus-Christ sur une table d’opération pour le soumettre à des analyses cliniques, tests de laboratoire, investigations histologiques et autres tests ADN, on tremble d’avance – car on pressent que la science, cette vieille incrédule, va nous rappeler, à nous autres croyants de trop peu de foi, que nous assistons pour de vrai à la Passion du Christ lors de la liturgie eucharistique.

L’auteur nous fait d’abord part d’une hésitation – le miracle ne se suffit-il pas en lui-même, et comment, sans trembler, découper au scalpel le corps de notre Rédempteur ? –, hésitation qu’il balaye aussi vite : « Le langage de l’Eucharistie est inhérent à l’offrande sans réserve de soi. » S’Il se livre à l’époque de la science et de la technologie, c’est en sachant bien qu’Il sera le sujet d’étude de nos microscopes, ceci afin de nous faire entendre Sa voix avec le langage que nous comprenons.

« Le tissu est vivant et fonctionnel parce qu’il est mystérieusement connecté à un organisme complet, même s’il est invisible à nos yeux ! »

Franco Serafini

Très scrupuleux et aussi pédagogue que possible, quoique tout ne soit pas parfaitement clair pour le non-initié, le cardiologue passe en revue divers miracles eucharistiques ayant fait l’objet d’analyses scientifiques récentes et poussées (Lanciano au VIIIe siècle ; Buenos Aires en 1992-1994-1996 ; Tixtla en 2006 ; Sokó?ka en 2008 ; Legnica en 2013), en plus d’un détour par les linges de la Passion. Soulignons aussi l’ajout d’une courte partie iconographique assez époustouflante qui nous montre ces fois où le Christ, non plus seulement présent sous l’apparence du pain et du vin, s’est manifesté organiquement.

Le premier miracle est celui de la conservation : le vin transformé en sang et l’hostie en chair à Lanciano nous sont parvenus malgré la dizaine de siècles qui nous séparent du miracle. Dans tous les cas étudiés, la présence de tissu musculaire cardiaque est attestée. Du corps du Christ, c’est plus particulièrement du cœur qu’il s’agit, signe de son amour. Un cœur terriblement souffrant, en proie à une angoisse énorme et à des douleurs atroces, comme le montrent la fragmentation des cellules myocardiques et la formule leucocytaire (signe d’une lymphocytose). Mais un cœur bien vivant, en témoigne la présence en grande quantité de leucocytes actifs (dédiés à la réponse immunitaire) au moment du prélèvement et ayant inexplicablement survécu ensuite, malgré des conditions de préservation toujours inadéquates. Écoutons le professeur Zugibe de New York, à qui a été confiée l’analyse d’une lame contenant une hostie transformée en chair à Buenos Aires, sans qu’il ne connaisse l’origine de l’échantillon (il a été filmé, et la vidéo est disponible sur internet) : « Je suis cardiologue. Le cœur est mon domaine. Il s’agit de tissu musculaire cardiaque, provenant du ventricule gauche, à proximité d’une zone valvulaire. Ce muscle cardiaque est enflammé, a perdu ses stries et est infiltré par des leucocytes. Les leucocytes ne se trouvent normalement pas dans le cœur, mais ils s’écoulent du sang et pénètrent vers le lieu d’une blessure ou d’un traumatisme. […] Cela ressemble à ce que je trouve lorsque quelqu’un a été sévèrement battu à la poitrine. […] Cet échantillon était vivant au moment où il a été prélevé ! » À Tixtla, on trouve, trois ans après le miracle, des leucocytes encore vivants dans l’hostie devenue partiellement chair ; et quatre ans après, le reste d’hostie consacrée n’est pas dégradé, aussi tendre qu’au premier jour. Surtout, par une coupe transversale, on découvre que le sang a coulé depuis l’intérieur de l’hostie. Serafini commente : « Le miracle ne consiste donc pas seulement en l’apparition “de nulle part” d’un tissu particulier, dans notre cas le myocarde, isolé et hors contexte : le tissu est vivant et fonctionnel parce qu’il est mystérieusement connecté à un organisme complet, même s’il est invisible à nos yeux ! » Le cœur induit tout le corps, la partie suppose le tout. Un cœur ressuscité, enfin ? C’est l’hypothèse qu’avance le cardiologue pour expliquer les mystérieux signes d’électrocution sur les tissus des miracles eucharistiques – en vertu de l’hypothèse selon laquelle la formation de l’image du Christ sur le Linceul de Turin « serait due à une sorte de décharge instantanée de très haute énergie, coïncidant avec le retour à la vie de l’homme enveloppé dans le linceul ». Derrière un miracle s’en cachent ainsi une myriade, imbriqués les uns dans les autres comme des poupées gigognes. Et les interrogations qui vont avec.

Lire aussi : Jean-Christian Petitfils : la Sainte Tunique mise à nu

Concernant le groupe sanguin, détectable sur les miracles de Lanciano et de Tixtla, en plus des trois tissus de la Passion, il s’agit toujours du même : AB, le plus rare (5 %). D’où une bombe statistique : la probabilité pour que ce même groupe sanguin ait été retrouvé sur ces cinq miracles, s’ils sont faux, s’élève à une chance sur 3 200 000 ! D’autant que la découverte du groupe AB, datée de 1902, suppose que les faussaires soient tombés juste au hasard… Pourquoi le groupe AB, le receveur universel, celui qui contient tous les autres, plutôt que le 0 par exemple, groupe du donneur universel qui nous aurait paru le plus logique ? Serafini tente une explication de « bio-théologie expérimentale » : « Le sang compris comme un solvant infini dans lequel le sang de chaque homme peut être immergé et purifié, quel que soit le groupe sanguin auquel il appartient, ne peut être que le sang “receveur universel” du groupe AB. Un sang qui accueille, sans réagir, sans s’agglutiner, notre sang qui, dissous dans le sien, peut s’élever à sa préciosité infinie. » Ce groupe sanguin, nous dit la science, est une invitation à participer au sacrifice de Notre Seigneur. On le voit : les découvertes les plus folles sont comme expliquées d’avance par la théologie catholique.

Dernier élément : l’ADN, étrangement condamné au mutisme dans la plupart des miracles eucharistiques (sauf de manière très partielle à Legnica, et sur la Tunique d’Argenteuil, mais sans élément de comparaison donc). À chaque fois, il a été impossible aux scientifiques d’extraire un profil génétique individuel à partir de la petite concentration d’ADN humain. La faute à de mauvaises techniques de préservation ? On rétorquera que le Seigneur aurait pu doter les miracles de traces d’ADN plus résistantes. Est-ce le signe d’une chair ressuscitée, ou d’une signature divine, donc immesurable avec nos instruments et catégories humaines ? Serafini voit dans ce silence de l’ADN un « miracle dans le miracle », évidemment irréalisable par un faussaire, « une signature céleste discrète et aimante, pour garantir la foi et la liberté de l’homme face à un excès de lumière ». Si tout était parfaitement clair, transparent et implacable, quel espace resterait-il à la foi ? Au moment même où il se montre, Dieu reste discret, insaisissable et voilé, pour soutenir notre foi sans l’écraser par un excès de certitude. Et Serafini de conclure avec poésie : « Comment ne pas admirer Dieu qui, même dans sa plus grande démonstration de puissance, comme un miracle eucharistique qui subvertit visiblement les lois de la nature, sait rester discret ? » Le Mystère restera insondable.


UN CARDIOLOGUE
RENCONTRE
JÉSUS,

FRANCO SERAFINI,
Artège, 300 p., 22 €

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