Les sanctions économiques internationales ? C’est sans doute un moyen de pression diplomatique. Mais un moyen de pression à manier avec précaution. Et on l’a vu pour la Syrie. Officiellement, elles étaient là pour frapper au portefeuille les élites proches de Bachar el-Assad et empêcher le gouvernement d’acheter des armes ou des technologies militaires. Dans les faits, les sanctions internationales ont avant tout fini d’appauvrir un pays détruit par la guerre. C’est d’ailleurs pour cela, par exemple, que le Saint-Siège les a toujours condamnées. Le pape François l’a rappelé à plusieurs reprises. « Les sanctions internationales ne peuvent pas être un instrument aveugle. Il faut qu’elles soient toujours accompagnées de mécanismes permettant d’en atténuer les effets sur la population innocente », disait-il par exemple lors de l’audience générale du 2 février 2022.
Il faut bien s’en rendre compte. Un pays sous sanctions, c’est un pays vers lequel tout transfert d’argent est interdit ; c’est une diaspora qui ne peut pas aider ses familles. C’est aussi la limitation drastique du commerce international, l’interdiction d’exportation et d’importation de certains biens, notamment dans les secteurs technologique ou pétrolier. Un pays sous sanctions, c’est aussi l’interdiction de toute reconstruction ! Bref, c’est l’impossibilité de solder une guerre ; c’est l’appauvrissement généralisé, le chômage, la perte de la valeur d’une monnaie. En un seul chiffre, la Syrie sous sanctions, c’est 90 % de la population sous le seuil de pauvreté ; c’est la bourgeoisie damascène ruinée faisant la queue à la soupe populaire.
Les annonces de Donald Trump et celles de l’Union européenne sont de bonnes nouvelles ou du moins, le préalable indispensable à d’éventuelles futures bonnes nouvelles.
Maintenir les mêmes sanctions, c’était courir vers une catastrophe humanitaire en Syrie ; c’était enlever tout espoir aux Syriens et favoriser leur départ, notamment vers l’Europe. Comment rester dans un pays sans avenir politique – ou du moins avec un avenir politique très sombre – et sans perspective économique ? La seule échappatoire, c’est évidemment l’émigration. Alors, autant dire que pour les Syriens – et pas seulement pour le nouveau gouvernement, mais bien pour le Syrien de la rue –, les annonces de Donald Trump et celles de l’Union européenne sont de bonnes nouvelles ou du moins, le préalable indispensable à d’éventuelles futures bonnes nouvelles.
Des contreparties difficiles à tenir
Rien n’est jamais gratuit. Cette suspension a été assortie d’un certain nombre de conditions. Cela « ne constitue pas un chèque en blanc », précise le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. « La France continuera de demander aux autorités syriennes de transition de solides garanties en matière de transparence et de bonne utilisation des fonds internationaux, et veillera à ce que les enjeux prioritaires pour elle soient pris en compte, en particulier la lutte contre le terrorisme. »
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Donald Trump a, lui aussi, demandé également des contreparties. Et pas des moindres : la normalisation des relations entre la Syrie et Israël, l’expulsion des djihadistes étrangers et la prise en charge par la nouvelle administration syrienne des camps de prisonniers djihadistes du nord-est du pays. Pour les nouvelles autorités syriennes, ce n’est pas gagné d’avance. Israël a avancé son armée quasiment jusqu’aux portes de Damas et al-Chaara, le président par intérim du pays, ne contrôle en rien les groupes djihadistes qui l’ont aidé à prendre le pouvoir. Et dans le même temps, il va même jusqu’à naturaliser certains combattants étrangers pour en faire des généraux dans la nouvelle armée nationale !
En attendant, le soir de la déclaration de Trump, des klaxons ont résonné toute la soirée dans les rues de Damas et d’Alep. Un rayon de lumière au bout du tunnel ?





