Il y a chez Clément Weill-Raynal quelque chose de l’enfant terrible devenu sage – ou plutôt du sage resté terrible. À 65 ans, ce journaliste chevronné, inclassable, volontairement incommode, continue de faire entendre une voix singulière dans le concert trop harmonisé de l’audiovisuel public. En quarante ans de carrière, dont une grande partie passée à France 3, il s’est imposé comme l’un des chroniqueurs judiciaires les plus incontournables, mais aussi comme un franc-tireur au sein d’un monde médiatique souvent tenté par le conformisme.
Né en 1959 à Paris, même année que Le Petit Nicolas et Astérix, « dans l’appartement où était né mon père et mon grand-père », Clément Weill-Raynal est l’héritier d’une vieille bourgeoisie juive et républicaine, cultivée, ancrée à gauche, mais éprise de France et de ses institutions. Un grand-père professeur d’histoire et ami de Jaurès, une mère orpheline de la Shoah devenue professeur de sciences naturelles dans un collège catholique du 7e arrondissement – la trajectoire familiale dit déjà beaucoup du journaliste : enraciné, inquiet, patriote.
Clément Weill-Raynal entre dans la légende en 2013 avec l’affaire du « mur des cons ».
Étudiant en droit un peu flottant, attiré par le renseignement et la police, il choisit finalement le journalisme, presque par hasard. Ce sera le CFJ – la rue du Louvre –, puis la grande aventure du reportage pour FR3, dès les années 1980. « J’ai fait 4 000 reportages », lâche-t-il avec cette fausse désinvolture qui masque mal la passion dans un café de la place Saint-Michel, dos au tribunal de Paris-Cité. D’Omar Raddad à Clearstream, en passant par le sang contaminé, il a couvert les grandes affaires judiciaires qui ont rythmé la Ve République. Son style ? Sobre, précis, mais toujours tendu vers l’essentiel : « Comprendre pourquoi une vie bascule ». À ses yeux, le prétoire est « une comédie humaine » où se joue bien plus que la simple application de la loi.
Mais Clément Weill-Raynal entre dans la légende en 2013 avec l’affaire du « mur des cons ». Ce jour-là, missionné pour un sujet anodin sur le Syndicat de la magistrature, il découvre dans un couloir un « mur » d’affiches représentant des personnalités de droite raillées par des juges militants. Il filme discrètement la scène. Le reste est connu : la vidéo circule, déclenche un scandale et révèle l’idéologisation d’une partie de la magistrature. Poursuivi, convoqué, blâmé par France Télévisions, il tient bon. « J’ai effectué mon travail de journaliste. J’ai porté à la connaissance du public une information d’intérêt général. »
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L’homme ne se départit jamais de sa liberté de ton, ni de sa fidélité à des principes : rigueur, curiosité, attachement à l’universalisme républicain. À rebours des postures victimaires ou victorieuses, il se dit un « journaliste comblé ». Il continue à écrire, à dénoncer, à interroger les tabous. En 2025, il publie La Gauche antisémite (L’Artilleur), un livre documenté et sans concessions sur les compromissions d’une partie de la gauche française avec la haine d’Israël et des juifs. Loin du sensationnalisme, il y voit une dette personnelle et historique : « En tant que juif, j’ai vu l’antisémitisme de gauche, bien planqué derrière l’antisionisme. »
Il vit aujourd’hui entre Paris et Tel-Aviv, entre prétoires français et mémoire juive. Grand-père attentif, il confesse : « J’ai encore un ou deux livres en jachère. Et je veux continuer à couvrir l’actualité. » Il a pour modèles Philippe Tesson et Dominique Jamet, journalistes d’opposition intelligents et brillants qu’il croisait à la Coupole autour d’un petit-déjeuner à dix francs. Ses deux romans édifiants : Bel-Ami de Maupassant et Le Montage de Vladimir Volkoff. Le journaliste parle comme un écrivain, enquête comme un détective, tranche comme un juge. Clément Weill-Raynal est de cette espèce rare : celle des journalistes qui font honneur à leur métier. Ceux pour qui l’information est encore une affaire de morale. Et parfois, de panache.





