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Paysans-chanteurs : la fin d’un monde…

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Publié le

27 juin 2025

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L’âme de la France, ce n’est pas que Victor Hugo ou Debussy qui sentent un peu la machouille, ce sont aussi les chants traditionnels, les jeux traditionnels, les langues traditionnelles.
© Romée de Saint Céran

Ayé. C’est fini. Henri était le dernier. L’ancienne Bretagne vient de disparaître… Le 12 avril dernier, le dernier des Frères Morvan est mort. 93 ans. Avec les trois autres, Henri avait parcouru les festoù-noz de la Bretagne entière. D’Ouessant à Ancenis. Ne chantant qu’en breton des chants à danser entendus de leurs parents. Durant plus de 60 ans ! Paysans bretonnants de Botcol en Saint-Nicodème dans le Kreiz Breizh, ils étaient connus pour leurs immanquables chemises à carreaux. N’ayant pas le permis, il fallait venir les chercher et les reconduire à chaque prestation. Et trouver quelqu’un pour la traite si le fest-noz était loin. Les Frères Morvan avaient participé à l’occupation de gares SNCF pour demander la signalétique en breton, avaient chanté avec les Tambours du Bronx aux Vieilles Charrues de Carhaix devant des milliers de personnes. Et d’autres, et d’autres. Sur 60 ans, ils s’étaient arrêtés de compter à 3 000 fest-noz où ils avaient chanté plus de 80 chansons comportant parfois des centaines de strophes.

Paysans-chanteurs

« Ar Breudeur Morvan » (Les Frères Morvan en breton), c’était un mythe chez nous. Nos grands-pères à casquettes. Les tadoù-kozh (papis) de tous les Bretons, eux qui n’avaient jamais eu d’enfants, mais tellement d’héritiers. Malicieusement, ils disaient « qu’ils n’avaient jamais chanté en France », c’est-à-dire au-delà des frontières de la Bretagne éternelle. Parce qu’il y avait les vaches à tirer. Et parce qu’eux n’étaient pas partis à Paris ou au Havre comme tant de Bretons après-guerre. Avant d’être damnés. Parce que la France, dans leur vision du monde, c’était « là-bas ». Après le Couesnon.

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Dans chaque région de France, il y a des Frères Morvan. J’en suis sûr. Mais ils chantent tout seul dans leur coin. Pour leurs cailloux et pour leurs vaches. Personne ne les écoute. Derniers mohicans d’un ancien monde.

Patrimoine vivant

Battez-vous bordel ! Battez-vous de la Bourgogne au Pays Ch’ti, de la Lorraine à l’Occitanie immense pour garder vos traditions, vos langues, vos chants, vos contes. Allez collecter vos anciens et faites-en un patrimoine vivant ! Nous les Bretons, cela fait 500 ans que nous résistons à l’anéantissement culturel. Que nous avons des gamins qui préfèrent passer leur dimanche à travailler la bombarde et le biniou ou à apprendre à danser l’avant-deux de La Mézière avec un vieux pépé plutôt que de regarder Netflix sur la tablette. L’âme de la France, ce n’est pas que Victor Hugo ou Debussy qui sentent un peu la machouille, ce sont aussi les chants traditionnels, les jeux traditionnels, les langues traditionnelles, les danses traditionnelles que l’État jacobin et la culture parisienne ont cherché à détruire sous prétexte d’unité nationale et de modernité.

L’unité nationale, elle se fait désormais à Bruxelles et s’appelle l’Europe. Quant à la modernité, c’est le wokisme, le Coran et le franglais.

Le véritable enracinement

Le vrai cœur de la France bat dans ses cultures locales. Pas ailleurs, camarades. Et depuis le réveil trad des années 70, les Bretons se battent seuls sur ce terrain. Un peu les Corses, un peu les Basques, à peine les Occitans. Mais les autres ? Qui peut faire déplacer 500 personnes un samedi soir dans un bled paumé pour danser sur des chants millénaires ? Qui peut fédérer des centaines de bagadoù, de cercles celtiques, d’écoles bilingues remplis de jeunes autour du patrimoine traditionnel vivant ? Qui peut faire venir des centaines d’adolescents pour apprendre des chants lors de week-ends entiers ? Il n’y a que nous les Bretons. L’élite ! Et nous luttons seuls !

Bougez-vous bordel ! Coupez le portable à vos gosses et allez avec eux collecter les chants que connaissent encore vos grands-mères ! Intéressez vos jeunes au patrimoine local oral. C’est ça le véritable enracinement. Ce n’est pas uniquement venir l’été se taper une journée au Puy du Fou pour se donner bonne conscience.

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