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Bienfaits et vertus de la crème solaire : la révolution du bronzage

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Publié le

30 juin 2025

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« Voilà l’été, j’aperçois le soleil », chantait en 1988 le groupe de musique les Négresses Vertes. Voilà l’été, c’est l’heure du maillot de bain et de la crème solaire. Autrefois apanage des pirates et des gueux, le bronzage est devenu un critère de distinction sociale. Ce qui se passe au niveau du corps est capital. Comme le disait Paul Valéry : « Ce qu’il y a de plus profond en nous, c’est la peau. »
© Benjamin de Diesbach

Nous étions au tout début des années 80. Dans notre salle de bains parisienne, mon père s’adonnait à un curieux rituel. Muni de lunettes qui ressemblaient à celles des soudeurs, mon paternel torse nu s’exposait à une curieuse machine aux allures de grille-pain. C’était la « machine à bronzer ». Moi j’avais dix ans et je kiffais les lunettes de soudeur. Une fois positionnées sur les yeux, le monde apparaissait comme une puissante chimère teintée de rouge.

Mon père dirigeait une agence dans la mode, il voyageait entre Paris, New York et Tokyo, il soulevait de la fonte sur les Champs-Élysées et faisait des longueurs à la piscine Deligny. En clair, il appartenait à l’élite économique, à celle de Jacques Séguéla et Thierry Ardisson, à celle qui était bronzée hiver comme été. Plus qu’un critère esthétique, le bronzage à l’époque du reaganisme triomphant était une marque de réussite sociale.

La teinte du pauvre

Car si incroyable que cela puisse paraître, les puissants n’eurent pas toujours la peau hâlée. Notre rapport au soleil a évolué au cours de l’histoire. Du seizième siècle jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, l’élite sociale et politique se protégeait du soleil. Les canons esthétiques en vigueur exigeaient que l’on ait une peau laiteuse, la plus blanche possible. De nombreux manuels donnaient des recettes pour fabriquer des préparations blanchissantes. Ainsi on faisait disparaître les tâches et les rougeurs de la peau. Dans la société christianisée d’Ancien Régime, la candeur (du latin « candor » qui signifie blancheur) signifiait la virginité et l’innocence. Au contraire du noir qui renvoyait au diable, au « sarrasin » puis aux sauvages du nouveau monde.

En portant chapeaux, gants et ombrelles, les femmes de l’aristocratie et de la bourgeoisie indiquaient leur indépendance vis-à-vis des phénomènes extérieurs. Seule la grossière paysanne, vivant en servitude, récoltait les coups de soleil.

En vingt ans, remarque l’historien Pascal Ory, nous sommes passés de la phobie du soleil à son adoration

À la fin du dix-neuvième siècle, le rapport au soleil évolue. Les élites découvrent les bienfaits du rayonnement. Pour lutter contre la tuberculose, la médecine conseille les « bains de soleil » (héliothérapie). Sur les plages, il ne s’agit pas encore de se dénuder. Les jeunes filles en fleurs de Marcel Proust déambulent sur le sable en robe. Quand l’idée incongrue de se baigner les prend, c’est en costume proche du burkini.

La révolution culturelle du corps s’opère entre 1920 et 1940. En vingt ans, remarque l’historien Pascal Ory (dans son livre L’Invention du bronzage), nous sommes passés de la phobie du soleil à son adoration. En 1927, la population rurale devient pour la première fois en France inférieure à la population urbaine. Dès lors pour les élites, il s’agit de se distinguer de l’ouvrier et de l’employé « cachet d’aspirine ». Être bronzé dans les années 20, cela signifie que l’on est libre et émancipé. Les femmes de la bourgeoisie prennent pour modèles la championne de tennis Suzanne Lenglen ou la créatrice de mode Coco Chanel. On abandonne les corsets de la Belle Époque, la silhouette devient androgyne. Il existe alors un véritable culte du corps gréco-romain. Culte repris par tous les régimes totalitaires.

La teinte des riches

En 1936, le renversement des mentalités s’accélère avec l’instauration des congés payés. Les plages sont occupées par des milliers d’ouvriers pieds nus qui découvrent les joies du camping, de la crème solaire et du pastis !

En français, le terme même de « bronzage » possède une connotation artistique (référence à la sculpture). Les Britanniques, plus prosaïques, utilisent le terme de « tanning » (le tannage). Cette haute considération française pour le bronzage s’est poursuivie dans les années 60-70, l’âge d’or du bikini puis des seins nus. Les transports aériens se démocratisent, les séjours « tropicaux » se multiplient. La couleur de la peau devient de plus en plus brune.

Depuis trente ans, le vieillissement de la population provoque de nouvelles préoccupations. La bonne santé devient centrale et les mises en garde des dermatologues sont prises au sérieux. Le cancer de la peau vient s’ajouter aux innombrables menaces qui rendent le citoyen vacancier de plus en plus paranoïaque.

En effet, il y a de quoi être nerveux. Comme le dit le proverbe touareg : « L’œil ne voit pas ce qui le crève. » Une grande part du rayonnement du soleil échappe à notre regard. Si une partie de ce rayonnement est arrêtée par la couche d’Ozone, les ultraviolets A (UVA) et les ultraviolets B (UVB) atteignent la surface de la Terre. Raison pour laquelle les Touaregs se protègent en se couvrant de vêtements de la tête aux pieds.

J’ai attrapé un coup de soleil…

Les ultraviolets B sont responsables des « coups de soleil ». Ils pénètrent la peau jusqu’à la couche basale qui sépare l’épiderme du derme. C’est dans cette zone que les cellules-souches se développent. Or les UVB s’infiltrent jusque dans le cœur des cellules et atteignent l’ADN contenu dans le noyau. Dès lors que l’ADN est touché, la cellule dégénère et le corps décide de s’en débarrasser. L’afflux sanguin augmente, les vaisseaux s’élargissent : c’est la réaction inflammatoire, le « coup de soleil ».

Avant de subir ce coup de chaleur, la peau se défend. Chaque cellule est protégée par des pigments appelés mélanine. Cette mélanine agit comme un bouclier et absorbe les UVB. Quand une cellule meurt, elle remonte vers la surface de la peau en transportant la mélanine qu’elle contient. Plus on s’expose au soleil, plus l’épiderme se charge de cellules contenant de la mélanine, plus on est bronzé. A contrario, lorsque l’on est plus au soleil, les cellules sont remplacées par de nouvelles cellules contenant moins de mélanine, on perd son bronzage !

Lire aussi : Le solaro, étoffe paradoxale pour éternels apéritifs

Mais la mélanine ne protège pas la peau contre les UVA qui pénètrent facilement le derme et sont responsables des cancers de la peau. Bien qu’il n’existe aucun produit qui protège totalement la peau, la crème solaire permet de retarder le vieillissement et les réactions inflammatoires. Inventée au début du vingtième siècle, la crème solaire contient différents types de filtres qui repoussent le rayonnement solaire. Les indices 20-30-50 SPF (« sun-protection-factor », facteur de protection solaire) constituent la capacité de la crème à retarder les coups de soleil.

Autodidactes de la crème solaire, Lucille Ealet et Allan Le Bronnec créent leur entreprise « Kerbi » en 2020 alors qu’ils sont encore étudiants à Nantes. Lors d’un projet de fin d’étude, le couple conçoit une crème à la fois saine et respectueuse des océans. Car avec le développement du tourisme de masse, les crèmes solaires sont devenues de puissants agents polluants. 25 000 tonnes de crème solaire se diluent chaque année dans les mers et les océans. Cela représente deux fois et demie le poids de la Tour Eiffel ! Les filtres UV contenus dans les crèmes, sont des composants chimiques qui perturbent la faune marine (les coraux). Certains pays comme la Thaïlande, Hawaï et l’archipel des Palaos interdisent les crèmes solaires et préconisent les vêtements anti-UV.

« Pour lancer notre premier produit, nous nous sommes associés à un laboratoire situé dans le Morbihan », raconte Lucille Ealet. « Nous voulions une crème qui soit réalisée avec des ingrédients biologiques et qui suscite le plaisir. Beaucoup de crèmes bios sur le marché sont trop grasses ou laissent des traces blanches sur la peau. Nous avons conçu un produit qui se situe entre le soin de peau et la crème solaire. »

En avril 2021, le couple d’entrepreneurs lance ses deux premières crèmes solaires sous la marque « Kerbi ». Kerbi est le diminutif de Kerbilouet, une charmante plage de sable fin du golfe du Morbihan. « Nous étions la première marque solaire bretonne, poursuit Lucille Ealet Nous avons bénéficié de nombreux articles dans la presse locale. »

Il y a les crèmes qui protègent la peau et celles qui prolongent le bronzage. Bastien Beaufort dirige la société Guayapi, marque historique du commerce bio et équitable en France. Créée en 1990 par sa mère Claudie Ravel, la société distribue les produits issus du savoir-faire botanique des Indiens amérindiens. « Avec nos partenaires, nous avons développé une huile solaire à partir de l’Urucum », explique Bastien Beaufort. « L’Urucum est un arbuste d’Amazonie qui produit des fruits. Les graines de ces fruits sont écrasées et donnent une poudre avec laquelle les Amérindiens se peignent le corps en rouge. L’Urucum est très riche en bixine, une molécule qui s’apparente au betacarotène. Ainsi notre huile solaire à base d’Urucum est considérée comme un auto-bronzant 100 % végétal car il stimule la production de mélanine. »

En Occident,le bronzage demeure un critère de réussite et de bonne santé. Seuls les Chinois se couvrent de cagoules anti-UV pour se protéger des rayons. De quoi respirer un peu : nulle menace jaune sur le bronzage !

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