1 – Si vous êtes allergique au tabac, mieux vaut laisser tomber les vacances : il ne renoncera pas à ses pipes de bruyère droites (et non courbes, invention de l’acteur William Gillette qui l’incarna au théâtre, pour se rendre la diction plus facile), remplies d’un tabac à l’odeur infecte, surtout le matin où il refume le résidu de ses fumeries de la veille.
2 – Péremptoire voire fanfaron, Holmes peut être difficile à supporter au quotidien. Clouez-lui le bec en lui rappelant qu’il ne fut pas le seul héros récurrent de Conan Doyle, auteur prolifique à qui l’on doit aussi l’invention d’un officier de l’armée de Napoléon, le brigadier Gerard, et d’un savant, le professeur Challenger.
3 – Remarquez aussi, l’air de rien, qu’il n’est pas un être neuf, dénué de passé : Conan Doyle s’est inspiré pour l’inventer du médecin américain Oliver Wendell Holmes, et surtout de son propre prof de médecine à Édimbourg, Joseph Bell, qui devinait les symptômes et la pathologie d’un malade d’un coup d’œil.
4 – Pour enfoncer le clou, mentionnez le fait que si la créature est aujourd’hui plus connue que le créateur, ce fut longtemps l’inverse : écrivain célèbre, homme engagé, Conan Doyle fut une sommité dans la vie publique anglaise de son époque, en première ligne dans le combat anticolonial et la rectification de grandes erreurs judiciaires.
5 – Inutile de faire le malin en disant « Élémentaire, mon cher Watson » à tout bout de champ, Holmes n’a jamais prononcé cette phrase en entier : elle a été inventée en 1915 dans un texte de P.G. Wodehouse, grand admirateur. Il arrive toutefois à Holmes de dire « Élémentaire », ou « C’est la simplicité même ».
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6 – Watson dans Une étude en rouge, prête à Holmes une culture littéraire nulle. C’est faux, ainsi qu’il le montrera en citant Flaubert de mémoire, ou Goethe, ou les poètes latins. Il emmène Pétrarque en voyage, et peut vous assommer de dissertations sur les auteurs anglais de son temps, notamment Meredith. Si vous êtes allergique, fuyez.
7 – Les premières aventures de Holmes furent illustrées par un certain Doyle, père d’Arthur et dessinateur amateur. Mais c’est Sidney Paget qui va être l’illustrateur majeur des aventures grâce à ses dessins du Strand Magazine, où se façonne l’image du détective. Inutile donc de photographier votre compagnon de voyage, les dessins de Paget suffisent.
8 – Holmes, ce sont quatre romans et 56 nouvelles. Ou 64, comme le soutient la Société Sherlock Holmes de France ? C’est la sempiternelle question du « canon » holmesien, résolue par Alain Morvan dans l’édition de la Pléiade en ajoutant aux 56 nouvelles quatre textes « extra-canoniques », donnés en appendice.
9 – Sherlock est pour l’éternité le type du détective génial, mais il ne faut pas oublier ses précurseurs, le Dupin de Poe et le Lecoq de Gaboriau. Il leur règle pourtant leur compte au début d’Une étude en rouge, avec sa condescendance habituelle. Laissez donc Poe et Gaboriau en évidence sur la table, pour l’agacer.
10 – S’il fait trop chaud pour sortir, regardez un Holmes avec Holmes, et demandez-lui quel acteur il trouve sa meilleure incarnation. Jeremy Brett, de la série des années 1980 ? Peter Cushing dans Le chien des Baskerville (1959) ? Robert Stephens dans La vie privée de Sherlock Holmes (1970) ? À moins qu’il vous réponde en haussant les épaules qu’il n’y a qu’un Holmes, et que vous passez vos vacances avec…





