Louis et Zélie Martin (nés respectivement en 1823 et 1831) passeraient aujourd’hui pour des tocards aux yeux du monde. Jugez plutôt : Louis, fils de militaire, est un enfant paisible et pieux, qui songe d’abord à devenir religieux, ce qu’on lui refuse car il ne connaît pas le latin. Horloger méticuleux et chrétien fervent, il aime les soirées avec ses amis, la pêche, la chasse, la méditation et le jardinage. Pas de refus d’obtempérer, pas de protoxyde d’azote, pas de tweets rageurs : Louis Martin qui, à l’âge canonique de trente-quatre ans, n’est pas marié, passe facilement pour quelqu’un de chiant. Zélie, elle, c’est un peu pareil : fille de militaire elle aussi, vieille fille à vingt-sept ans, elle a voulu être religieuse. Décidément… Dentellière pleine de délicatesse, elle prie Dieu de lui faire rencontrer son mari, et hop ! Là aussi : pas de selfies, pas d’OnlyFans, pas de tutos de pétasse, Zélie Martin n’est pas une figure qui parle aux jeunes filles de notre temps.
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Initialement, Louis et Zélie veulent vivre comme frère et sœur, dans une continence parfaite. Leur directeur spirituel leur explique que ce n’est pas l’idée du siècle : car ils auront neuf enfants. Généreux avec les pauvres, économes de leurs deniers, les Martin veillent sur leurs enfants avec bonté et douceur. Ils assistent à la messe aux aurores, offrent tout à Dieu et s’aiment profondément, tendrement, durablement. Louis aime l’énergie et la délicatesse de sa femme ; Zélie aime la solidité et la bonté de son mari. Les épreuves n’épargneront pas la famille Martin : quatre de leurs enfants mourront en bas âge, et la pauvre Zélie elle-même succombera à un cancer du sein en 1877.
Louis et ses filles sont anéantis par ce deuil. Il voyage avec elles dans toute l’Europe. Trois des sœurs Martin entreront au Carmel de Lisieux. La plus célèbre, évidemment, sera Thérèse, sa « petite reine », si douce, si sensible, si bouleversée par la mort de sa maman. Louis Martin aura ces mots superbes, dans une lettre qu’il écrit après l’entrée de sa plus jeune fille : « Ma Petite Reine est entrée hier au Carmel. Dieu seul peut exiger un tel sacrifice, mais il m’aide si puissamment qu’au milieu de mes larmes, mon cœur surabonde de joie. » À la fin de sa vie, Louis Martin aura des crises de folie, comme on disait alors : il perd la raison de plus en plus fréquemment et doit être interné. Une crise cardiaque l’emporte en 1894.
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La vie conjugale des époux Martin, avec ses roses et ses épines, est pour l’Église une preuve suffisante que le couple est une échelle vers le Ciel. Ils seront béatifiés sous Benoît XVI puis canonisés par François. Laissons le dernier mot au cardinal Martins, qui a présidé leur cérémonie de béatification : « Louis et Zélie ont compris qu’ils pouvaient se sanctifier non pas malgré le mariage mais à travers, dans et par le mariage, et que leurs épousailles devaient être considérées comme le point de départ d’une montée à deux. » Ça aussi, c’est mal vu par notre époque. C’est dommage : ça fonctionne.





