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« Connemara » d’Alex Lutz : les vestiges du passé

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Publié le

10 septembre 2025

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« Les acteurs sont tous intéressants, Bouillon au premier chef, qui se révèle même admirable. » Critique du film « Connemara » d’Alex Lutz.
© Connemara

Connemara, le troisième et meilleur film d’Alex Lutz, laisse dans un premier temps une curieuse impression de déjà-vu. L’héroïne en burn-out qui retourne dans son village natal et tombe inopinément sur la bombe du lycée avec qui une idylle va se nouer rappelle plus qu’un peu la comédie musicale M6 choupinette, Partir un jour. Le fantasme adolescent qui traverse les années est d’ailleurs interprété par Bastien Bouillon dans les deux films, mécano là-bas, hockeyeur sur le retour ici. On n’accusera pas Lutz d’être à la traine d’Amélie Bonnin, puisque le roman de Nicolas Mathieu qu’il adapte date de 2022. On suppute que l’air du temps est à ces régressions : « Et si… ? », où le Paris cruel des consultantes cède heureusement la place au berceau remémoré des sous-préfectures, voire plus petit si affinités. On mentirait en n’avouant pas que ce sociétal-pantoufle étend un peu trop les trente dernières minutes de Connemara, soit l’affrontement de deux modes de vie lors du mariage-climax.

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Mais ce serait oublier que Lutz a plus d’un tour dans son sac, le premier étant une forme invraisemblablement recherchée pour un film populaire. Pour aller vite, la bande-son, une grande partie en off, est déconnectée des images souvent réduites à des amorces émiettées et vaporeuses comme du Terrence Malick. Alors que la lassitude pourrait guetter, l’Amour frappant va synchroniser dialogues et images, celles-ci enfin stables. Le raccord sur les premiers plans du film, qu’on identifie soudain comme un flash-back, est une magnifique idée, comme si les personnages trouvaient avec leur reconnaissance le centre qui leur manquait. Elle suffit pratiquement à faire de Lutz un cinéaste, contrairement à tous les apprentis France Télévisions que nous réserve la rentrée. On pense à plusieurs reprises à Serre moi fort de Mathieu Amalric, en moins chic (ceci est un compliment). Les acteurs sont tous intéressants, Bouillon au premier chef, qui se révèle même admirable. Mélanie Thiery est, pour sa part, à deux doigts du numéro, et ses dialogues ont à l’oreille une saveur lutzienne, quelque chose de populo et recherché à la Sylvie Joly qui fait un peu tache dans le film. Des seconds rôles, le plus impressionnant est le jeune Eliot Giraud dont l’absence et la tristesse creusent un trou de silence dans le film, à l’image de cette très courte scène où l’œil dans le vague, il attend dans un bar avec la maîtresse de son père, comme tous ces personnages perdus entre leurs rêves et ce qui leur est dévolu. Une très bonne surprise.


CONNEMARA (1h52), d’Alex Lutz, avec Mélanie Thiery, Bastien Bouillon, Jacques Gamblin, en salles le 10 septembre.

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