L’amour des débuts a toujours inspiré Richard Linklater : débuts d’une jeune vie (Boyhood), d’une histoire d’amour (Before sunrise), premiers jours à la fac (Everybody wants some) ou nouveau départ (Rock Academy). Son cinéma est un voyage tranquille : une journée commence, se passe, finit (Slacker), et des hommes interagissent dans le fleuve du temps. Parfois ils font saillie, plus doués que la moyenne. Dans Orson Welles et moi, un adolescent fictif rejoint la troupe du futur cinéaste alors qu’il monte Jules César à Broadway, l’auteur de Citizen Kane y étant dépeint comme une légende en devenir et Linklater optant pour un confort narratif presque hollywoodien. Rien de tel avec Nouvelle vague où le cinéaste raconte le tournage d’À bout de souffle en faisant le chemin inverse, celui de l’archive et de l’avéré.
Un projet paradoxal
Le réalisateur texan est un fanatique de Godard et tout ce qui est à l’écran semble avoir été dit, vu ou rapporté. L’histoire orale rejoint ici l’art du mémorialiste, une précision maniaque se loge dans les détails et chaque personnage apparaissant dans le récit est d’abord figé par un plan silencieux de présentation avec son nom en surimpression, y compris les troisièmes couteaux (la vue d’ensemble des Cahiers du cinéma lors d‘une visite de Roberto Rossellini). Le tournage de six mois – soit six fois plus que celui d’À bout de souffle – a donné du fil à retordre.
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Vouloir rendre le flou de bougé d’un film improvisé en jouant la carte du vrai est un paradoxe qui se retourne parfois contre Nouvelle vague. Le film comporte quelques scènes stérilisées, notamment le raout où une fausse Juliette Gréco s’extasie sur le talent frémissant des Jeunes Turcs.
Un casting idéal
Si le fétichisme muséifiant est un écueil à l’horizon, Linklater possède plusieurs atouts pour le contourner : ses acteurs. Passons sur Aubry Dullin qui échoue avec les honneurs à rendre le charme canaille de Belmondo, tâche de toute façon impossible. Zoey Deutch convainc beaucoup plus en Jean Seberg, même si un je ne sais quoi de chiffonné marque la différence d’avec son modèle. François Truffaut (Adrien Rouyard) et Raoul Coutard (Matthieu Penchinat) sont réussis, l’un presque installé et pontifiant, l’autre homme de peu de mots. Reste la carte maîtresse de Nouvelle Vague, Guillaume Marbeck. Versatile ou inhibé, génial ou filou, il saisit intuitivement des facettes du Godard avant Godard que personne n’a jamais vues. On a l’impression d’assister en direct à l’accouchement d’un grand cinéaste. Ce numéro est une composition d‘autant plus impressionnante que c’est le tout premier rôle du jeune acteur casté sur un coup de poker (photographe de formation, il faisait jusque-là l’assistant réalisateur et de la figuration). Le charme de Nouvelle Vague se dissipera peut-être, on sait déjà que son comédien est là pour durer.





