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Les essais à lire et à fuir d’octobre

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Publié le

4 novembre 2025

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© Benjamin de Diesbach

À LIRE

LA PROFONDEUR DU PRÉSENT, RÉMI BRAGUE AVEC CHARLES-HENRI D’ANDIGNÉ, Hermann, 274 p., 15 €

Membre de l’Institut et professeur émérite à l’université Panthéon-Sorbonne, spécialiste de la pensée médiévale et auteur d’une trentaine d’ouvrages touchant à des thèmes très divers, Rémi Brague est de la race de ces grands érudits qui ont fait la gloire de l’Europe. Le lecteur potentiel pourrait s’en trouver intimidé ; un livre d’entretien vient heureusement y remédier et offrir une porte d’entrée idéale dans son œuvre. Conduite avec intelligence par Charles-Henri d’Andigné, journaliste à Famille chrétienne, la discussion est très bien structurée : entre une ouverture sur ses jeunes années, et une conclusion consacrée à ses appétences culturelles, Brague passe en revue, dans l’ordre chronologique, les grandes étapes de la pensée occidentale, avec ce sens de l’éclairage, de la nuance et de la précision qui ont fait son renom. Il est aussi question de souvenirs, d’amitiés et de lectures ; et l’on y découvre la relation organique qu’entretient un édifice intellectuel, que l’on imagine à tort froidement bâti depuis une tour d’ivoire, avec la vie vécue de son auteur, au hasard des occasions et des rencontres. Pour ceux qui ne connaissent que l’écrivain, c’est aussi l’occasion de découvrir l’homme qu’il cache, sa culture monumentale avec une appétence particulière pour les langues, la pente nostalgique de celui qui  fut privé trop tôt de présence paternelle, le tintinophile de premier ordre et l’insatiable amateur de calembours aussi – le tout servi par une bonhomie communicative. Rémi Carlu

Lire aussi : Gérald Bronner : la sociologie contre le réel

À FUIR

MANIFESTE POUR UN NOUVEL ATHÉISME, RICHARD DAWKINS, DANIEL DENNETT, SAM HARRIS ET CHRISTOPHER HITCHENS, Arpa, 120 p., 14,90 €

Quatre « géants intellectuels » anglo-saxons qui seraient les « héritiers de Voltaire » tapent le carton autour de leur athéisme militant. En 2007, Richard Dawkins, éthologue britannique, Daniel Dennett, défenseur sans vergogne de la « conscience empirique », Sam Harris, spécialiste des neurosciences et Christopher Hitchens, fanatique des Lumières autoproclamées, avaient enregistré leur conversation et c’est cette transcription que l’éditeur Arpa nous propose. Si leur « nouvel athéisme » a rencontré un certain succès, en particulier aux États-Unis où le sentiment antireligieux s’appuie sur l’éprouvante plasticité du protestantisme, Dawkins lui-même a depuis mitigé son discours, rappelant que la culture britannique était par essence chrétienne… Un bon point pour lui et un mauvais pour l’éditeur qui choisit donc de publier ce « manifeste » avec un curieux timing. Pour le reste, les arguments de nos Cavaliers de l’Apocalypse sont ceux qu’on retrouve chez la plupart des positivistes. Dawkins bat notamment en brèche la religion chrétienne parce qu’elle aurait l’« arrogance » d’expliquer le monde, face à une science qui serait humble par nature, car entièrement tournée vers la simple expérience. Il est probable qu’en 2007, l’humanité n’avait pas encore sombré dans ce culte algorithmique qu’on nous vend aujourd’hui comme l’unique version possible du réel – adoration païenne drapée dans l’orgueil sans limite des gourous de la tech. Quant aux arguments qui portent sur la supposée irrationalité de la religion chrétienne, ils oublient comment plusieurs siècles de spéculations théologiques sont le fruit de la logique aristotélicienne. Un coup d’épée dans l’eau.  Marc Obregon

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