Les chapeaux ont mauvaise presse. À qui la faute ? Difficile à dire. Jadis, on n’imaginait pas faire sans. Il y avait mille usages qui réglaient son port, les circonstances dans lesquelles on devait l’enlever ou pas, la façon dont il fallait le tenir à la main. On est passé du chapeau de mousquetaire, couvert de plumes, au fedora des années 30 à 50, puis au trilby petit format… puis rien. Un éphémère regain de popularité du couvre-chef, dû à des séries télévisées populaires, n’a pas consacré pour autant son retour en grâce. Aujourd’hui, il y a la casquette du « jeune » issu des « quartiers populaires » ; il y a le bonnet du bobo ; mais à part ça, c’est terminé.
Malheur à celui qui voudra s’y essayer sans être totalement sûr de ce qu’il fait. Assimilé à un mauvais sosie de Jean Moulin, à un inspecteur du FBI ou, pour peu qu’il porte un manteau un petit peu long, à un exhibitionniste, l’amateur de chapeau se prépare des moments difficiles. C’est un peu la faute du public, qui est victime de son grégarisme. Mais c’est un peu la faute de ceux qui tentent le coup aussi : avec un chapeau étriqué, comme la plupart du temps, ils ressemblent à des intermittents du spectacle. Il n’y a plus qu’à rajouter des bretelles à pinces.
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Est-ce que ça vaut la peine d’essayer, alors ? Franchement, oui. À quelques conditions. D’abord, ne pas en faire trop, bien sûr. Commencer tranquille : un chapeau a une fonction. Il a pour but de vous protéger de la pluie ou du soleil. Commencez peut-être par le panama, dont la nécessité est plus évidente. Il remplace facilement n’importe quoi d’autre – la casquette, mais aussi l’importable canotier. Si ça se passe bien, on peut tenter un cran au-dessus : les chapeaux de feutre roulables, qui tiennent dans une poche. Ils ont une forme de fedora, mais en moins solennel. C’est un excellent compromis. C’est peut-être moins démodé que le parapluie, d’ailleurs, non ? En revanche, c’est probablement l’extrême limite. Les porteurs de homburg, de pork pie voire de melon, eux, s’exposent (à juste titre) à une lente et douloureuse mort par lapidation.
Le chapeau, c’est entendu, est un « boss de fin ». C’est une cascade faite par des professionnels : les enfants, n’essayez pas de reproduire ça à la maison. Mais quand c’est naturel et utile, ça a tout de même énormément de gueule.





