La scène se passe dans une petite ville rurale. Salle. Une trentaine d’élèves. Sur le côté, leurs profs. Devant eux, Bettina Lioret. « Journaliste à France Inter ». Elle bosse notamment dans « Affaires Sensibles » de Fabrice Drouet.
Madame Lioret intervient dans le cadre de l’EMI ou Éducation aux Médias à l’Information, un truc dans le programme des collégiens pour les mettre en garde sur les fake news et le danger des réseaux sociaux. La journaliste leur fait part de son expérience professionnelle et, au moyen d’un jeu recommandé par l’Éducation nationale « 36h à la Rédac : la disparition de Mateo », les amène à s’interroger sur la pertinence de telle ou telle info qui circule sur les réseaux sociaux, à repérer les fake news, les sites de fausse information, tout le toutim… Et elle le fait bien ! Son malin ménage lui permet de faire le tour des académies aux votes RN très importants : Calvados, Charente-Maritime, Côtes d’Armor, Côte d’Or, Eure-et-Loir…
Car Bettina Lioret a son petit biais à elle.
Déjà le fil rouge de son intervention est centré sur les Roms et les discriminations dont ils font l’objet dans la société, lui permettant ainsi d’aborder des questions il est vrai peu évoquées de nos jours : « le racisme », « les discriminations », « la xénophobie », « l’islamophobie », « les femmes », « l’orientation sexuelle », « les clichés racistes ». On appelle ça l’audace.
Durant l’intervention, il est question des « médias fiables ». La démonstration commence d’ailleurs par la présentation d’un article du Gorafi belge NordPresse.be, site parodique. L’article pris en exemple par Bettina Lioret parle d’un cornichon poussé dans le nombril d’un quidam. Les élèves rigolent, tout le monde rigole, qui a dit qu’on n’avait pas le droit de rire en classe.
Mediapart, l’indépendance islamo-gauchiste
« Bah oui, mais quels sont les sites d’infos fiables », interroge la salariée de Radio France. « Tiens, est-ce que Mediapart est un média fiable ou non ? » se demande-t-elle, faussement ingénue. Ni une, ni deux, les élèves réponses en cœur : « Oui ». Tout heureuse de la réponse, Bettina Lioret continue : « Comment vous savez ? ». Les réponses font autant de bruit que le silence. Alors Madame Lioret en profite pour dresser des louanges au site d’information d’extrême gauche créé par Edwy Plenel. La diffusion de tracts n’était pas loin.
D’ailleurs pour bien enfoncer le clou, l’intervenante prend l’exemple d’un article de Karl Laske, « un vrai journaliste, oui ! Il a été à Libération, il a écrit des livres » précise-t-elle. Mediapart est décrit comme « fiable » parce qu’il « emploie de vrais journalistes. », qu’il est « indépendant » et « qu’il ne se cache pas ». Et preuve ultime : Médiapart a un bon article sur Wikipédia ! « Est-ce que BFMTV est indépendant par contre ? » demande Bettina Lioret. « Non, parce que BFMTV dépend de la publicité. »
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C’est le moment de demander aux élèves leurs sources d’information préférée : « HugoDécrypte » remporte haut la main les suffrages. L’intervenante leur demande alors « Pourquoi serait-il fiable ? ». La réponse fuse : « Parce qu’il est certifié ! ». « Mais Donald Trump aussi, répond du tac au tac Madame Lioret, mais est-ce qu’il dit tout le temps la vérité ? », un sourire narquois au coin.
Alors comment savoir si « HugoDécrypte » est fiable ? « Est-ce quelqu’un d’établi et est reconnu par des personnes importantes ? » demande la journaliste avant d’ajouter. « Par exemple, qui a-t-il interviewé d’important ? » « Donald Trump ! » répond un élève. « Ah oui ? Ah, je n’avais pas vu. Mais est-ce un gage de fiabilité, je ne sais pas parce que lui, il parle un peu avec n’importe qui », tranche la journaliste avant d’ajouter : « Mais par exemple, HugoDécrypte a parlé avec Emmanuel Macron, il a interviewé Zelenski, le président de l’Ukraine. On voit que c’est quelqu’un qui inspire confiance et à qui des personnes hauts placées vont se confier en gros ». Lumineux !
La liste des « bons médias » certifiés à gauche
Une fois la démonstration faite, il faut lister les médias fiables. Les voici selon Bettina Lioret : « Brut » (« oui, mais attention maintenant il y a de la publicité », précise Bettina), « Ouest-France », « FranceTVSlash », le média pour les jeunes de France Télévision et « Le Monde » que Bettina décrit comme le « journal le plus connu en France », propos qu’on pourrait fraternellement corriger en « journal le plus connu en Île-de-France », sans oublier l’intervenante elle-même puisque « journaliste Affaires Sensibles à France Inter parce que j’ai mon indépendance personnelle et que je ne subis pas de pression ». En toute objectivité et humilité.
Les autres ? Rien.
Par contre, par une fausse manœuvre de madame, ses fichiers internes apparaissent sur l’écran géant disposé pour les élèves. Et là on voit apparaître « 1. Traoré France 24 Cnews », « Cnews police » dans un chapitre consacré à l’angle choisi par les médias pour aborder un sujet, chapitre abordé visiblement en début d’intervention. Arrivé un peu en retard, on regrette aussi vite de ne pas avoir assisté à ce beau moment d’éducation des adolescents à la pluralité des opinions !





