Les historiens du futur, lorsqu’ils considéreront les années 2010-2020, se demanderont comment l’Occident a pu sombrer dans l’hystérie collective connue sous le nom de wokisme. Hystérie collective, c’est le titre du nouveau roman de Lionel Shriver, traduction un peu appuyée de l’original : Mania. Shriver et le wokisme, comme on sait, c’est une grande histoire d’amour. En gros, cette courageuse franc-tireuse venue de la gauche libérale (au sens continental) est devenue l’incarnation du combat contre la cancel culture, le sensitivity reading et autres fadaises à la mode. Elle a écrit sur ces sujets délicats – notamment la question de l’islam – des tribunes et essais corrosifs qui ont fait hurler les progressistes, traduits l’an dernier dans Abominations. Sa carrière de romancière à succès (Il faut qu’on parle de Kevin, Big Brother, etc.) et sa carrière de journaliste se sont déroulées jusqu’ici séparément, avec quelques interférences (les passages satiriques de Quatre heures, vingt-deux minutes, dix-huit secondes sur l’inclusivité en entreprise). Cette fois, elle les mélange, Hystérie collective ne se cachant pas d’être un roman satirique, un prolongement fictionnel de ses tribunes. Le risque, c’est évidemment que la dimension romanesque en sorte appauvrie ; de fait, Shriver n’échappe pas complètement à l’écueil, à moins qu’elle en soit consciente et qu’elle assume, tout étant bon pour défourailler contre les imbécillités du wokisme. Le lecteur sait donc à quoi s’attendre : Hystérie collective est un roman à thèse, les personnages sont les supports d’une plaidoirie. Cette réserve faite, on peut se lancer. […]
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