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Joue-la comme Charlie Watts

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Publié le

3 mars 2026

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© Romée de Saint Céran

Les Rolling Stones sont passés à la postérité pour leurs excès. Paroles, musique, attitude sur scène : tout chez eux, aux yeux des années 60, était obscène, odieux, too much. Les bandanas et le mascara de Keith Richards, les combinaisons à sequins de Mick Jagger, la drogue, l’alcool, les petites amies mannequins à qui ils piquaient leurs fringues au pied du lit pour monter sur scène… Tout, sauf Charlie Watts.

Charlie était né en 1941, il avait étudié les arts graphiques, puis s’était tourné vers le banjo, avant d’apprendre à jouer de la batterie. Richards et Jagger avaient repéré Charlie Watts, mais il était bien trop cher pour eux. Les copains avaient du talent mais mouraient de faim. « On fauchait dans les magasins pour pouvoir se payer Charlie Watts ! », dira plus tard Keith Richards, le Rascar Capac du rock.

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Watts était cher pour une bonne raison : il aimait les fringues, et pas n’importe lesquelles. Ses cachets lui servaient à acheter des costumes de maboul chez Huntsman, l’un des plus célèbres tailleurs de Savile Row. « Monsieur Watts fut l’un des messieurs les plus élégants avec lesquels j’aie eu le plaisir de travailler », dira de lui le coupeur de la maison, qui devait pourtant avoir un certain nombre de points de comparaison. Exigeant sur la coupe, décidé à insuffler son propre style dans tout ce qu’il faisait, Watts avait tellement de style que les photos de lui, fût-ce dans les laides années 70, n’ont pas vieilli. Épaules au scalpel, revers larges, on aurait dit une coupe à la Edward Sexton, tandis que ses potes, quand ils quittèrent les plumes et les combis, lui préférèrent les excès d’un Tommy Nutter.

Sur scène, comme tout bon ouvrier, Watts était en tenue de boulot. Chemise ou même t-shirt. En back-up, il était là pour battre la mesure, sa propre mesure, sur laquelle se greffaient des solos peut-être aériens et géniaux, mais qui dépendaient de son tempo à lui – de son propre style, en somme.

« Je ne me suis jamais senti à ma place avec les Stones. Je veux dire, leur façon de s’habiller. » Charlie venait du jazz. Son élégance assertive mais sans show-off lui venait de son père, ainsi que des élégants des années 50, pinacle du jazz cool. Charlie est parti, maintenant : des anges aux ailes structurées, auréole roulottée à la main, l’ont accueilli au paradis des rockers.

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