Tout un symbole. Lorsqu’il prend le pouvoir, en décembre 2024, Ahmed al-Charaa, rejetant les couleurs rouge et noir du panarabisme et du baasisme, fait adopter par le pays tout entier le nouveau drapeau syrien, vert blanc noir, frappé de trois étoiles rouges. En revanche, il se garde bien de modifier le nom officiel du pays. La Syrie d’aujourd’hui, comme la Syrie d’hier, s’appelle donc bien officiellement la République arabe syrienne. Ce détail, loin d’être anecdotique, annonce, au contraire, tout un programme. Pour le nouvel homme fort de Syrie, il est hors de question d’imaginer une Syrie fédérale ou même une Syrie laissant une once d’autonomie à ses provinces. Et les Kurdes, lâchés par les Américains qui misent désormais sur al-Charaa, l’ont appris à leurs dépens !
Nous en avons déjà parlé dans ces colonnes. En mars 2025, Ahmed al-Charaa signe un accord avec les Kurdes des Forces démocratiques syriennes, qui tiennent deux quartiers à Alep mais aussi, avec le soutien américain, tout le nord-est de la Syrie, là où se trouvent les principales réserves de pétrole du pays. Cet accord prévoit une intégration progressive des Kurdes dans la nouvelle Syrie, aussi bien dans ses institutions que dans l’armée. Mais force est de constater qu’en fin d’année 2025, il n’a trouvé aucune application concrète.
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Aussi, à la fin du mois de décembre 2025, le gouvernement de Damas entend en finir avec le « cas » kurde. Des escarmouches entre les FDS pro-kurdes et l’armée syrienne lui donnent le prétexte pour reconquérir les deux quartiers kurdes d’Alep, Achrafieh et Cheikh-Maqsoud. Les combats sont violents, mais très vite, les combattants kurdes sont défaits. Les 8 et 9 janvier, ils sont évacués vers l’est.
Dans la foulée, l’armée syrienne poursuit son offensive et oblige les Kurdes à reculer jusqu’à l’Euphrate. Le fleuve est vite dépassé, et en quelques jours, tout le nord-est syrien, et notamment les villes de Deir Ezzor et de Raqqa, l’ancienne capitale de l’Organisation État islamique, reviennent dans le giron de Damas. Dans ces régions arabes, les Kurdes ne représentent qu’environ 20 % de la population, et l’administration kurde, guère appréciée, était souvent vue comme une force d’occupation. Ce sont donc des cris de joie qui saluent le départ des autorités kurdes, avant que les langues ne se délient et que les portes des prisons s’ouvrent…
Un accord global
Le 18 janvier, Mazloum Abdi, le chef des Forces démocratiques syriennes, est contraint de signer un accord de cessez-le-feu avec Ahmed al-Charaa. Il faut dire que la pression internationale, notamment américaine et française, se fait insistante. Douze jours plus tard, un accord « global » entre les Kurdes et le gouvernement syrien est signé. Pour les deux parties, qui emploient d’ailleurs les mêmes termes, « cet accord vise à unifier le territoire syrien ». Il prévoit notamment l’intégration des combattants kurdes dans l’armée, la nomination des autorités et la fusion des administrations kurdes et syriennes. Un gouverneur kurde est d’ailleurs nommé à Hassaké. Peu à peu, les forces de sécurité officielles du ministère de l’Intérieur entrent dans les villes kurdes et commencent leurs patrouilles avec les « Asayish », les policiers kurdes ! L’accord se met en place sans effusion de sang. Inimaginable quelques semaines auparavant.
Quelques jours plus tôt, al-Charaa avait signé un décret en faveur des Kurdes de Syrie. Parmi les concessions accordées, l’octroi de la nationalité syrienne à des milliers de Kurdes, officiellement apatrides depuis les années 60, la reconnaissance officielle de la langue kurde et l’annonce que le nouvel an kurde sera désormais férié. Des victoires plus que symboliques mais qui ne suffisent cependant pas à compenser la fin du rêve d’autonomie des Kurdes de Syrie. Pour les populations arabes, majoritaires dans la région, c’est avant tout un retour à la normale.





