Hier, mon ami professeur professait. « Dans l’enseignement, un degré d’avancement, une bonne notation, un emploi du temps conciliant, tous ces éléments qui rendent acceptable le travail, sont proportionnels au degré de reptation dont on est capable. Plus on rampe devant le proviseur, le rectorat, les inspecteurs, plus notre carrière fait de spectaculaires bonds. C’est un exercice qui n’est pas si aisé qu’il paraisse, il demande de se tenir constamment sur le qui-vive : quel propice moment ce jour ourdira-t-il pour pouvoir donner un coup de cirage aux chaussures du respecté proviseur ? Quelle nouvelle circulaire du délicieux ministère être le premier à appliquer la lettre ? Quel collègue dénoncer ce jour pour manquement à une règle élémentaire dont il n’avait peut-être pas encore connaissance ? Toute occasion n’est pas bonne de se faire bien voir, il s’agit de savoir les choisir ! Ainsi le médiocre professeur qui a pris un remarquable avancement compte tenu de son jeune âge n’est-il pas si médiocre que l’on croit : il excelle dans l’art de la reptation ! Quand je m’ennuie, au fond du placard où l’on cherche à tarir mon existence, poursuivait-il, je m’amuse à mettre des notes – toujours sur dix. Ce professeur qui ne rate pas une manifestation de colère des enseignants pour pouvoir rapporter au proviseur la liste exacte de ceux de ses collègues qui y ont participé, est ainsi à neuf sur dix, car je suis sûr qu’il peut encore mieux faire. Il lui reste quelques écailles reluisantes au ventre qui dénoncent d’ultimes scrupules dans son ambition de reptation quotidienne. » […]
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