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Gourou trumpiste ou vrai prophète ? Entretien exclusif avec Curtis Yarvin

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Publié le

12 mai 2026

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Il est l’un des maîtres d’œuvre de la contre-révolution trumpienne, et chuchote aux oreilles de la Maison-Blanche. La presse le présente même comme un gourou qui contrôlerait la présidence depuis son ordinateur. Au fond, il est le grand méchant loup de notre époque, que tous condamnent sans l’avoir toujours lu, en tout cas sans lui permettre de répondre à leurs accusations. L’Incorrect est donc allé à la rencontre de Curtis Yarvin pour un entretien exclusif, extrêmement rare dans la presse française. Nous l’avons interrogé sur son influence et sur la démocratie, sur la politique américaine et l’avenir de la France. Et si derrière ses atours provocateurs se cachait un intellectuel d’envergure pour les temps à venir ? Alors, gourou ou prophète ? À vous de juger.
© Timothy Archibald

En France, on vous présente comme l’homme qui chuchote à l’oreille de l’administration Trump. Qu’en est-il réellement ? Comment décririez-vous votre influence ?

C’est très éloigné de la réalité. Je n’ai pratiquement aucun contact avec les hauts responsables de l’administration Trump. Cela dit, beaucoup de jeunes membres de l’administration me lisent. Mais si les idées circulent aussi bien vers le haut que vers le bas, la plupart de mes idées ne s’appliquent absolument pas à leur travail quotidien. Ma réflexion est beaucoup plus abstraite et très peu de choses sont réalisables dans le cadre actuel.

Une expression est beaucoup employée chez nous pour qualifier votre pensée : « technofascisme ». Est-elle pertinente ?

Le mot « fascisme » ne devrait pas être utilisé, car il recouvre trop de sens. Concrètement, il désigne une organisation spécifique qui a existé dans un pays donné et qui a disparu depuis 80 ans. Abstraitement, c’est une étiquette péjorative qui est au communisme ou au progressisme ce que le terme « Gentil » est au judaïsme : ce n’est pas une foi, mais une absence de foi.

Bien qu’il existe des définitions intermédiaires qui peuvent avoir un sens, cela ne vaut pas la peine de s’y attarder. Il vaut mieux dire : si par « fascisme », vous entendez non pas un système de croyances positif, mais simplement une absence de croyance ou une perte de foi dans le progressisme américain du xxe siècle, alors je suis un « fasciste ». Si vous faites référence à une autre croyance positive, je peux y adhérer ou non.

Par exemple, il est bien connu que les fascistes aiment la condition physique. Moi aussi (en principe). Idem pour les uniformes impeccables. Applaudissons Hugo Boss ! Si nous faisons de l’exercice physique et portons du Hugo Boss, la prochaine étape consiste-t-elle pour autant à gazer les Juifs ? Je vais devoir vous répondre par la négative. Le mot « fascisme » ne signifie absolument rien – car il ne prédit rien. « Techno » n’a aucune signification claire – si ce n’est que je sais programmer un ordinateur et que je vis en Californie. […]

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