J’ai brûlé, noyé, dispersé et planté mon livre.
Un roman rendu à la terre qu’il raconte, offert aux éléments. Geste fou. On pense au tableau d’Ilya Répine représentant Gogol en train d’immoler Les âmes mortes avec un œil halluciné. On pense aux textes saints voués à l’inhumation. On pense au sort réservé à l’exception agricole française dans une Europe qui pactise avec le Mercosur. Après une vingtaine de titres publiés (romans de société et ouvrages en tant que ghostwriter) Honoré (Le Cherche-Midi, 2026) était le premier à se prêter au jeu. De la mise en scène à la mise en ligne (www.espritsdulivre.fr), j’ai pris plaisir à l’écarteler, à le creuser, à l’immerger et à l’incendier. Sans trucages, avec les moyens du bord et en laissant l’IA au vestiaire, j’ai esquissé sa métamorphose. J’ai forcé ses résistances, découpé, arraché, froissé. La lame a percé ma peau avant d’entamer les pages. Mon éditeur m’avait pourtant appris qu’il n’est pas nécessaire de tuer un personnage pour que vive son idéal ; qu’il me pardonne d’avoir martyrisé un livre. Sur les photographies : des papillons de papier s’échappent de son ventre, des poissons nagent sur son dos, des flammes le dévorent, un arbre pousse du fond de ses entrailles. Et la littérature fait un pas dans le champ des arts plastiques. […]
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