Le gauchiste en vacances (Sinistrior feriae) est une espèce migratrice rare au sens où elle exploite différents habitats de façon quasi imprévisible lors de stationnements plus ou moins longs qui dépendent autant des conditions locales que de l’erratisme hivernal propre aux sous-espèces. Ces sous-espèces peuvent parfois n’être observées qu’en migration active, avec alors peu d’interactions avec les habitants naturels présents sur les sites : les teufeurs des libres parties, par exemple se comportent comme la Glaréole à collier en migration prénuptiale dans les eaux saumâtres de Bages-Sigean (11) avant de retourner dans leurs antres secrets.
Le gauchiste en vacances sélectionne ses lieux de migration en fonction de plusieurs critères : authenticité brute (modèle : les parcs naturels africains, créés au xxe siècle au détriment des millions d’agriculteurs sédentaires et des bergers nomades, expropriés grâce à l’action de l’Unesco et du WWF), misérabilisme authentique (modèle : les villages lacustres sud-américains avec une nuit dans une hutte intégrée dans un forfait road trip all inclusive), authenticité festive (modèle : le noctambulisme berlinois qui vous permet d’écouter la musique d’Ibiza dans des bars décorés comme à New-York)… L’authenticité est importante car elle est gage de diversité et d’enrichissement culturel puisqu’elle permet de vérifier que tous les gauchistes du monde entier pensent de la même manière où qu’ils soient, se vêtent à l’identique, écoutent les mêmes musiques et ont donc réussi à constituer une planète Potemkine parallèle où règne le mêmisme le plus pointilleux, chaque spot étant un safe space.
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Car le gauchiste en vacances est grégaire et spéculaire, comme le Gorgebleue à miroir, et n’aime rien tant que de transporter avec lui son univers conceptuel Ready-to-Think® où l’authenticité vérifiée, calibrée et estampillée n’est distillée qu’au compte-goutte pour éviter la dissonance cognitive : patriote irlandais en train de courser les Soudanais clandestins, Sénégalais musulmans en train de courser les homosexuels, Argentins milléistes en train de célébrer outrageusement la bascule droitière de leur continent…
Ayant trouvé pile-poil ce qu’il venait chercher, le gauchiste en vacances se laisse aller à quelques folies : dégustation de spécialités locales labellisées éthiques, visites de sanctuaires sacrés (la Place du colonel Fabien à Paris, l’Hélicoïde de Caracas, siège du Service national de renseignement bolivarien et centre de torture, le quartier des drogués au Fentanyl à San Francisco, etc.), achat de ticheurtes siglés célébrant tel ou tel communisme exotique et autres rites communautaires rassurants lui permettant de se sentir proche de ses semblables et légèrement supérieur à ceux qui n’ont pas su goûter aux charmes d’une authentique authenticité normalisée.
À moins que le gauchiste, fauché, ne reste en France. Comme la pie-grièche écorcheur, il court les festivals que les maires RN n’ont pas encore annulés, entre deux manifestations contre les imaginaires fascistes répandus à pleines poignées par des centristes inconscients. Une version plus janséniste des vacances qui offre néanmoins de grandes satisfactions morales et un niveau de frisson 7,3 sur l’échelle Hessel.




