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Saint Thomas d’Aquin, Humbrecht, Teilhard de Chardin, Aimé Forest : nos recensions religieuses de l’été

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28 août 2026

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DIEU, OU COMMENT S’EN DÉBARRASSER
THIERRY-DOMINIQUE HUMBRECHT, CERF, 216 P., 20 €  

Dominicain, spécialiste de saint Thomas d’Aquin et lauréat d’un Grand Prix d’Académie française, le P. Thierry-Dominique Humbrecht nous propose une méditation roborative et suggestive sur la question de Dieu en notre temps d’athéisme prétendu. En fait, progresse aujourd’hui une « malcroyance » incohérente et syncrétique, plutôt qu’un clair athéisme théorique. Et même derrière celui-ci, percent des motivations souvent plus morales ou affectives que philosophiques, de sorte que tout est joué dans les coulisses du cœur plutôt que sur la scène de l’intelligence. En somme, l’athéisme se porte aujourd’hui au moins aussi mal que le théisme, dont il dépend en tant qu’il en est la négation. L’auteur affronte ensuite l’objection classique du mal qui nie l’existence d’un Dieu bon, et il souligne la dangereuse inexactitude d’une certaine théologie de la Providence, qui attribue tout à Dieu, et conduit à l’accuser quand les choses tournent mal. En réalité, en bon thomisme, l’action de Dieu ne retire rien à celle des créatures mais leur donne d’agir, Dieu les conduit selon leur nature et n’intervient pas pour empêcher notre action. Ici-bas, nous restons dans l’obscurité de la foi, ignorants l’exacte manière de sa Providence, mais confiants en son salut. Enfin, l’auteur relève une autre manière de « se débarrasser de Dieu », en édulcorant sa Parole, par diplomatie, lâcheté ou ignorance. Portée par une plume alerte et ciselée, cette libre réflexion alterne entre considérations théoriques et anecdotes savoureuses, nous entraînant dans la plus profonde et antique question que l’homme se pose : Dieu est-il, puis-je le connaître, m’aime-t-il ?

THÉOLOGIE DE SAINT THOMAS D’AQUIN. SYNTHÈSE ET THÈMES
DIR. P.-M. MARGELIDON, CERF, 2025, 567 P., 39 €  

On se demande parfois comment entrer dans l’œuvre de saint Thomas d’Aquin, le plus grand des docteurs médiévaux de l’Église. C’est pour introduire à sa théologie que le P. Philippe-Marie Margelidon et quelques-uns de ses frères dominicains de la province de Toulouse ont rédigé cette synthèse, qui parcourt dans les grandes lignes les principaux thèmes théologiques traités par Thomas (Dieu, la création, l’agir humain, le salut, les sacrements, etc.). Chaque chapitre est un modèle de concision et de précision, aussi informé de l’état de la recherche historique que soucieux d’en manifester l’actualité pour l’intelligence de la foi chrétienne aujourd’hui. L’impression qui en ressort est une profonde admiration pour cet esprit encyclopédique, qui non seulement se nourrissait quotidiennement de la Bible (qu’il commentait chaque jour) et des écrits des Pères de l’Église, mais aussi assimila les œuvres d’Aristote récemment introduites en Occident, et des autres philosophes. Il mit toute cette science au service d’une compréhension plus fine et profonde de la révélation biblique, pour tâcher de connaître Dieu toujours davantage. Mais il ne suffisait pas de contempler Dieu, disait ce fils de saint Dominique, il fallait aussi transmettre cela même qui avait été contemplé, par la prédication et l’enseignement. On remarquera aussi que sa théologie brille par son équilibre, qui reconnaît la consistance relative de la nature (et de la raison) mais la subordonne à la grâce (et à la foi) qui les achève. Il ne voulut sacrifier ni l’un ni l’autre ordre, mais les articuler. Cet équilibre génial est sans doute la raison pour laquelle plus de sept siècles plus tard l’Église continue d’admirer sa pensée et d’y reconnaître une expression insigne de sa sagesse.

Lire aussi : Élections, pièges à cons ?

AIMÉ FOREST. UNE PHILOSOPHIE DE L’INTÉRIORITÉ
PHILIPPE-MARIE MARGELIDON, ÉDITIONS SAINT-LÉGER, 222 P., 20 €  

Le P. Philippe-Marie Margelidon, dominicain toulousain et disciple de saint Thomas d’Aquin, recueille dans ce livre dix études sur la philosophie d’Aimé Forest (1898-1983), auteur d’une œuvre exigeante, spirituelle et métaphysique, dans le sillage du réalisme spirituel des traditions thomiste et augustinienne. Il chercha à caractériser la juste attitude de l’esprit devant le réel, et la nomma d’un terme-clé : « consentement ». La métaphysique est un consentement à l’être, une attention, une disponibilité, une réflexion, dit-il encore. Elle ne se contente pas des choses données immédiatement dont traitent les sciences positives, mais elle commence par le recueillement de l’esprit en lui-même – dont Augustin fut le grand penseur –, qui prend conscience de l’être et de sa présence à soi. Ainsi, l’esprit se reconnaît ajusté, accordé à l’être, dans une relation de correspondance, d’harmonie et de proportion. L’esprit est pour l’être, il vit de l’accueillir et de l’intérioriser, et réciproquement, l’être est pour l’esprit, il se donne à lui, se manifeste et s’offre. Une telle disposition métaphysique s’ouvre naturellement à l’amour de l’être, qui est encore un consentement. Détaché de soi, l’esprit s’attache à ce qui est, approuve et justifie son existence ; il reconnaît aussi leur accord et leur affinité mutuelle, qui conduit à la paix du repos dans le bien. En somme, cette introduction à la lecture de la métaphysique de l’être et de l’esprit de Forest est aussi bien une invitation au voyage métaphysique du recueillement de l’esprit et de la contemplation de l’être, qui ouvre bientôt à la présence de son fondement absolu divin. Une lecture de repos estival ?

CORRESPONDANCE INÉDITE
PIERRE TEILHARD DE CHARDIN, CLAUDE TRESMONTANT, ARCADES AMBO, 175 P., 26 €

Emmanuel Tresmontant, fils du philosophe Claude Tresmontant, édite dans ce livre douze lettres échangées entre 1953 et 1955 avec le grand penseur jésuite Teilhard de Chardin. Tresmontant a moins de trente ans, Teilhard est déjà âgé, mais on observe avec surprise le jeune disciple, plein d’admiration mais aussi d’audace, adresser une vive critique à son maître quant au sens du mot « panthéisme ». Ces deux esprits différents, mais animés par un même amour de la vérité et de la foi chrétienne, mènent un authentique dialogue sur le sens de l’œuvre du maître. Le philosophe est fasciné par l’ampleur de la pensée de Teilhard, qui voit toute l’évolution monter vers le Christ cosmique, mais il lui rappelle aussi les exigences de la pensée biblique, en particulier la création du monde, qui interdit tout panthéisme en distinguant bien Dieu du monde. Une autre dispute s’élève – en toute courtoisie, bien sûr – concernant le mal dont l’homme est capable, dont Tresmontant s’inquiète, mais que Teilhard tend à relativiser, ou plutôt à intégrer dans le progrès de l’évolution. Ainsi, cette correspondance apporte des éclairages notables sur l’un et l’autre interlocuteurs. Le livre contient aussi des textes complémentaires de spécialistes, qui renseignent sur la pensée de Teilhard et de Tresmontant. On appréciera aussi un entretien avec une petite-nièce du jésuite, qui témoigne de son humanité et de l’intensité de sa vie intellectuelle et spirituelle. En définitive, nous sommes par ces lettres replongés dans un moment tout spécial de notre histoire intellectuelle, celui d’un essai de réconciliation entre la tradition chrétienne et la nouvelle cosmologie évolutionniste, qu’ont l’un et l’autre tenté Tresmontant et Teilhard, chacun à leur manière.

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