SONIC AGE
PLAY ME, Kim Gordon, Matador, CD 11€99
À plus de 70 balais, Kim Gordon, bassiste de Sonic Youth, icône des années 90 et qui laissera en nous cette image immarcescible d’un escarpin écrasant sans relâche une pédale de distorsion pour lui soutirer des râles de plaisir, ne lâche pas l’affaire et nous sort son troisième album solo en moins de cinq ans, comme frappée par l’envie d’en découdre avec la Gen Z et son hyper pop agaçante. Play Me porte bien son nom tant l’instrumentiste se réinvente en femme-orchestre joueuse, surdouée lorsqu’il s’agit de tremper ses copeaux de guitares abrasives dans une soupe noise, avec cette voix liquéfiée qui étincelle dans une éternelle cavalcade digitale, entre spasmes confus d’une ménopause électrique et falsettos imprimés en trompe-l’œil à l’envers d’une partition rock. Ce qu’on retient au final ce ne sont pas tant ses tentatives pour tacler les travers de l’Amérique MAGA que sa révérence éternelle au cut up et au New York pulsant des années 80. Marc Obregon
CLASSICO SUBITO !
HOOPLA, Weird Nightmare, Sub Pop Records, CD 18€
« Instant classic ! » diraient les Anglo-Saxons. Classique instantané de power-pop : oui, assurément. Coincé entre Teenage Fan Club et The Replacements, Weird Nightmare frappe très fort avec son premier album. Mené par Alex Edkins, leader de METZ, ce récent groupe a eu la bonne idée de ne rien révolutionner, mais de merveilleusement prolonger un vieil artisanat perdu : celui de mélanger, avec des guitares acérées, mélodies et énergie, douceur et rage. Pas une fausse note, pas un seul morceau qui mérite d’être passé, Hoopla est un grand disque. Désuet, antimoderne, revivaliste ? À la bonne heure ! Et peu importe. Le titre « Little Strange » aurait pu être chanté par le Kurt Cobain époque « Bleach » (les deux disques sont sortis sur le même label : Sub Pop). Dans sa version originale (et non fantasmée), les hommages aux sixties se mêlent au punk 1977. Dix chansons, 33 minutes : on ne demande pas mieux, à la fin, que d’embrayer de nouveau pour une nouvelle écoute : c’est un signe qui ne trompe pas. Emmanuel Domont
SÉRÉNADES SYNTHPOP
FROM A HOLE IN THE FLOOR TO A FOUNTAIN OF YOUTH, Future Islands, 4AD, CD 10,99 €
Peu de groupes doivent leur statut à une prestation télévisée transformée en meme, C’est le cas de Future Islands dont le « Seasons (waiting on you) », chez David Letterman, ébahit encore onze ans après. Tout en déhanchés accroupis, Samuel T. Herring y grognait comme un Marlon Brando quitté par sa Stella désormais à reconquérir. Cette mâle sentimentalité illumine From a hole in the floor to a fountain of youth, compilation anniversaire célébrant leurs vingt ans de carrière. À travers une sélection de faces B ou titres obscurs, on entend un groupe qui trouva très tôt le son propre à retranscrire les états d’âme de son leader. Leur synthpop, moins que la danse, appelle à l’émotion (« One day » et « The Chase » qui auraient mérité d’être des singles). « Find love » et son staccato de claviers rappelle le « Seconds » de Pulp, autre groupe à libido souffrante. Tout au long de ces vingt titres, la basse New Order de William Cashion, véloce et mélodique, fournit l’assise aux tourments d’un chanteur qui captive toujours. Christophe Despaux




