Quel est le dessein de Dieu sur les nations ? Veut-il le morcellement du genre humain en ces parties que sont les nations ? C’est à cette question théologico-politique que s’attache le P. Jean Parlanti, de la Communauté Saint-Martin, dans ce livre, issu d’une thèse de doctorat. Pour y répondre, il se met à l’écoute de la révélation biblique et de son interprétation aussi bien par les Pères de l’Église que par les théologiens et les papes récents. De son examen, ressort une grande fresque théologique, du commencement à la fin de l’histoire des hommes.
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Au commencement, l’humanité est une, provenant du même Créateur et descendant d’Adam. Mais elle se fragmente en groupes divers, pour une double raison : d’une part, sa multiplication qui implique sa dispersion sur la terre ; d’autre part, la confusion des langues dont Dieu frappe l’humanité que son orgueil avait poussé à construire la tour de Babel (voir Genèse, 11). Aussi la diversité des nations est-elle fondamentalement ambivalente, à la fois résultat de la croissance de l’humanité et limite posée par Dieu à la prolifération du mal. Dispersée, l’humanité se divise, à cause du péché. Mais Dieu se crée un peuple, Israël, séparé des autres nations et témoin de Dieu parmi elles. L’Ancien Testament narre longuement l’opposition d’Israël aux autres nations voisines, mais aussi chez les prophètes les promesses que Dieu fait aux nations. Israël n’existe pas seulement contre les nations, mais aussi pour elles, qui sont aussi appelées au salut. La venue du Sauveur, Jésus-Christ, accomplit cette promesse de salut universel, et l’on sait comment l’Évangile, destiné d’abord à Israël, est annoncé aux nations, comme Jésus le commande à ses apôtres. Commence alors la réunification du genre humain dispersé, par l’intermédiaire de l’Église. Les chrétiens vivent d’une double appartenance, à leur nation particulière et à l’Église universelle. La nationalité se trouve de ce fait non pas niée, mais relativisée et ordonnée à la communion entre tous les hommes. Chaque nation vit comme un tiraillement entre sa particularité et son orientation vers l’unité de l’humanité, elle peut se retrancher sur elle-même et s’absolutiser, ou bien servir le bien spirituel universel. Toutefois, l’unification de l’humanité dans l’Église n’est pour le temps présent que partielle, en attente de son accomplissement à la fin des temps. Alors seulement Israël et les nations seront unis dans l’unique culte et tous formeront un seul corps et un seul esprit dans le Christ.
Cette vaste enquête théologique nous semble riche d’enseignement concernant la valeur de l’idée de nation en contexte chrétien. Légitime, elle n’a pourtant de valeur que provisoire et relative. On relèvera également la prudence de l’auteur quant à l’idée d’une « vocation des nations ». Il met en garde en particulier contre la tentation d’usurper le privilège d’Israël, qui est la seule nation véritablement élue par Dieu. Pour autant, les nations sont appelées à accueillir l’Évangile et à le laisser purifier et enrichir leur culture. Leur grandeur religieuse est fonction de leur conversion. De ce point de vue, le lecteur ne peut pas ne pas s’interroger sur le devenir de sa propre nation. « Fille aînée de l’Église, qu’as-tu fait de ton baptême ? », demandait le saint pape Jean-Paul II. Saurons-nous accueillir le dessein de Dieu pour notre nation, et ainsi lui rendre sa grandeur et sa beauté spirituelles ?





