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Inspiration blockbusters (2/2) : Le madras

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Publié le

1 septembre 2026

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S’il vous manque quelque chose de frais, léger, nonchalant sans en avoir l’air, intemporel, aux couleurs un peu passées par le soleil (juste ce qu’il faut), ce n’est pas le moment d’hésiter : le madras est fait pour vous.
© Romée de Saint Céran

« Porter du madras, et les cheveux longs/Aimer les Beatles, et même Ursula [Andress, bien sûr] », chantait Michel Sardou dans la première chanson qu’il sortit, honnêtement loin d’être sa meilleure. Il faut dire que le madras était à la mode en France dans les années 60. Tissu léger, coloré, estival, il venait tout droit des États-Unis et, comme pas mal de trucs stylés de la deuxième moitié du xxe siècle, du style preppy de la côte est. Là-bas, on le portait avec des chinos fatigués, des bermudas un peu amples, des chaussures bateau en fin de vie. Chez nous, il serait bientôt l’un des accessoires de la jeunesse hippie, nonchalante et vaguement contestataire, celle d’un autre chanteur, Antoine – qui déclarait pourtant porter « des chemises à fleurs » dans ses célèbres Élucubrations.

Mais trêve de variété française nulle, faisons un tout petit peu d’histoire. Le tissu madras vient des colonies hollandaises établies en Inde. Les marchands récupérèrent tout bêtement un magnifique tissu à carreaux, teint avec des couleurs naturelles. Les Anglais, à leur tour, ouvrirent un comptoir à Madraspatnam, lequel donna son nom occidental à ce tissu… et les Français, à leur tour, lorsqu’ils s’établirent dans des endroits aux noms de rêve (Karikal, Pondichéry, Chandernagor etc.), importèrent du madras sous nos latitudes.

Au début de l’Empire, Joséphine de Beauharnais, servie par son incandescente silhouette de liane créole, noue un mouchoir en madras sur sa tête, et comme c’est la femme de l’empereur, tout le monde veut rapidement faire la même chose. La mode est lancée. Le madras commence, dès le début du xixe siècle, à faire partie des étoffes originales que l’on peut porter, et cesse d’être une simple curiosité exotique destinée à la décoration. Son succès est particulièrement grand aux Antilles, ce qui aura une influence sur la suite.

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Dès les années 30, en effet, le madras devient chic aux États-Unis, parce que c’est un marqueur social. Avec la Grande Dépression, les gens ne se payaient pas de vacances lointaines, et seuls les gens très riches qui avaient passé l’été aux Caraïbes avaient eu la possibilité de rapporter du madras… et le montraient en arborant ces chemises faussement simples et décontractées. La sape est une arme en temps de crise, comme l’avait bien identifié Rockefeller à la même époque. À la question : « Que feriez-vous s’il ne vous restait que quelques dollars ? », le milliardaire avait répondu qu’il irait chez un tailleur, se paierait le meilleur costard possible et, ainsi, se sentirait d’humeur à conquérir le monde. Words to live by.

Depuis, aux USA, les chemises à carreaux rouges et safran, ou bien turquoise et rose, se vendent bien. Ce sont les couleurs de l’été et de l’insouciance, ça vient de loin et c’est joli : un peu comme les chemises hawaïennes, les vestes ou les chemises (ou même les cravates) en madras sentent les vacances. Dans une variante qui mélange, comme souvent dans les vestiaires un peu cool, la récup, la débrouille, l’héritage et le classicisme, certaines pièces en madras sont faites de patchwork de tissus différents. On peut trouver que ça donne un air d’épouvantail du Midwest dans un champ de maïs où traîne un serial killer, ou bien que c’est beaucoup plus chic et moins bourgeois qu’une simple chemise à carreaux, c’est comme on veut.

Toujours est-il que s’il vous manque quelque chose de frais, léger, nonchalant sans en avoir l’air, intemporel, aux couleurs un peu passées par le soleil (juste ce qu’il faut), ce n’est pas le moment d’hésiter. Du Paul Desmond dans les oreilles, une paire de lunettes de soleil en écaille, un mojito ou un daïquiri à portée de main, l’été n’attend que vous.

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